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La Page blanche : Le blog des ateliers d’écriture adultes de l’association Au Pied de la Lettre.

Des premiers jets d’écriture, des reprises, de la réécriture : toujours des textes d’ateliers.

« Ce que j’écrirais si j’écrivais »

Nous écrivons sans doute autre chose que notre idée première d’écriture. Nous n’écrivons peut-être jamais ce que nous voulons écrire. C’est, on peut le penser, ce désir qui reste désir d’écriture qui nous fait écrire. On peut croire que les mots sont incapables de justesse ou de ce qu’on veut. Alors qu’écririons-nous si nous écrivions ? Vaut mieux s’en tenir à la liste des courses ; acheter du sel ou de l’eau, ce qui manque ; ou poser cette autre question parmi d’autres possibles : écrire, mais qui vous parle d’écrire ?

Jean-Paul Michallet.

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Publié dans Saison 2 : 2016/17, Uncategorized

L’homme au corbeau blanc

Albinos-CorbeaualbinoJe m’installe dans le fauteuil qui fait face à mon macchabée et regarde la peau parcheminée de son visage, ses lèvres pincées sur un dernier rictus, son œil cave, la texture particulière de la peau de son crâne sous les rares cheveux frisés, feuilles de chou kale, qui lui restent et que le vent agite, son front lourd d’interrogations penché sur le bock de bière resté sur la table devant lui, le front d’un homme vaincu par la déesse Kali. Me décidant à lui tenir compagnie, je me lève et entre dans le bar en enjambant les corps, passe derrière le comptoir, prends une chope de cinquante centilitres et la présente sous la tireuse, en la penchant à la manière dont j’ai toujours vu faire les barmen, actionne le levier en le tirant vers moi dans l’espoir qu’un liquide ambré ou blond s’écoule du robinet de laiton dans le verre épais de la pinte. A ma grande surprise, la source n’est pas tarie et la bière d’abbaye, bien vite surmontée d’une écume rageuse, dégueule du verre. Hips, hips, hips, hourra ! Je repousse le levier, chasse le surplus de mousse à l’aide de la raclette de bois et réitère les gestes plus haut décrits pour tenter de servir sans faux-col cette bière que je m’offre. La fin du monde, ça peut se fêter, après tout. Pris par la soif, j’en oublierais presque que mon macchabée au corbeau blanc m’attend. Je quitte la tireuse et le rejoins. Son ami corbeau est revenu se poser sur son épaule et pousse un croassement de dépit en me voyant de retour, tendant vers moi son vieux cou déplumé, bec grand ouvert comme pour m’attaquer. Mais il se détourne bien vite, prend son envol et va se poser sur le corps démantibulé d’une enfant en jupe plissée, tombée en avant. Cette image que je ne veux pas nommer, mon compère ne peut la voir et je lève ma bière à sa santé en me demandant s’il existe un appeau pour les corbeaux. Anse de la chope dans la main droite, lèvre supérieure plongée dans la mousse de la bière, je m’absorbe dans la contemplation de la main de mon convive, tournée vers le ciel. Il a du cale – main de travailleur. J’y déposerai bien du blé pour nourrir son corbeau blanc qui viendrait sans façon lui picorer dans la main. Il y a des jours que je n’ai pas goûté la saveur de la bière à la pression. Hips, je trinque avec mon interlocuteur, pas bavard le gaillard, à qui je tiens quelques propos incohérents. Il tourne le dos au spectacle du volatile au bec de rapace qui s’acharne, en levant puis reposant l’une après l’autre ses pattes dont les serres plongent dans le tissu de la jupe plissée, sur les jeunes tissus que le début de décomposition attendrit, et ne voit rien de son œil vide, pas plus que de l’autre. Moi, je suis aux premières loges. Il faut bien s’accoutumer.

E.B.

Publié dans 04. Un matériau médiocre (7 nov. 2018), Saison 4 (2018-19) | Laisser un commentaire

Zone d’Activité Pyrotechnique

imagesEvitant à chaque pas de marcher sur un corps, slalomant entre les cadavres allongés sur le dallage de la place, mon écharpe tenue en bouchon sous le nez et devant la bouche pour repousser les assauts de la nausée et de la puanteur des chairs et des tissus en décomposition, mais aussi peut-être et surtout les miasmes putrides, c’est venu à moi sans que je sache pourquoi, bien incapable que j’étais de donner un sens à ce désir soudain, l’idée de me rendre à la périphérie de la ville et de commettre un acte définitif qui entraîne aussitôt des préparatifs désordonnées : utiliser un pied-de-biche trouvé dans la benne d’un camion du bâtiment arrêté par le socle d’une statue d’empereur romain indiquant d’un doigt impérieux la direction à suivre, passer sans transition dans l’appartement où j’ai repris conscience dans un corps nouveau pour y mettre des bottes et un blouson de cuir, sortir, forcer le rideau de fer de l’armurerie, dans la rue voisine, en briser la vitrine pour y choisir arme d’assaut et pistolet de poing, munitions diverses, et explosifs, siphonner le réservoir d’une voiture et remplir un jerrycan de 20 litres, revenir à l’appartement avec tout ce matériel…

Après m’être nourri d’une alimentation rudimentaire et d’une qualité gustative discutable, préparée sans autre objectif que de remplir le ventre, la nausée ne me quitte pas, et la ville entière désormais envahie par l’épouvantable putréfaction semble s’infiltrer dans tous les intérieurs et persister à brûler de l’encens n’y changera sans doute rien. La cuisine de l’ancien propriétaire n’était pas celle d’un gastronome. Faire une liste de produits culinaires propres à renouer avec une cuisine moins sommaire me redonne l’impression de m’appartenir un peu. L’impression d’être agi par des pensées parasites et une volonté extérieure qui décident pour moi n’a rien de réconfortant, même si elles suppléent à mon manque de sens pratique passé. Aller à la périphérie pour y commettre un acte définitif ! Casser une armurerie – y prendre de quoi faire tout péter – se perdre – obéir à une logique salvatrice ? Je n’entends pas de voix. C’est déjà ça. Je peux donc considérer que l’esprit qui m’inspire ces actions, même si je ne sais s’il est intégralement mien, est sorti sain des derniers jours que j’ai vécus depuis la grande nuit. Qu’importe après tout, je sors ma moto de l’entrée de l’immeuble où je la cache – pour quelle raison au juste ? –, la charge du bidon d’essence, du pied-de-biche, du canon scié, de quelques bâtons de TNT, etc… Ma moto ? Rien n’est à moi, tout m’appartient, je l’ai prise hier dans la rue, l’ai faite démarrer en dénudant les fils, autant de gestes dont j’aurais été bien incapable il y a peu. Qu’importe une fois de plus, il en va ainsi désormais. Je me prépare dans une certaine effervescence à une action dont je ne suis pas le commanditaire et dont, semble-t-il, je vais me faire l’exécuteur. Impossible, même si ce n’est pas l’envie qui m’en manque, de rouler à tombeau ouvert dans cette ville, le trajet s’apparente à un slalom entre les obstacles qui se présentent sur mon chemin. Dans la rue Joachim du Bellay, où je constate une situation semblable à celle du centre-ville, je m’affaire, explose au pied-de-biche les vitrines côté impair, en descendant, des grandes et moyennes surfaces, dont celle d’un magasin de bricolage, remonte la rue pour la redescendre avec le bidon d’essence que je vide, à raison d’un litre environ par boutique –  j’économise pour multiplier les points chauds. Sur la moquette bleu électrique du Roi du salon, du bec du jerrycan, courbe et effilé, coule et laisse sa trace sous forme d’auréole grasse la dernière goutte du précieux liquide. Secouant le bras pour finir en cercles rotatoires comme le faisait au temps jadis mon grand-père lorsqu’il essorait la salade – je ne veux pas en perdre une goutte – je sors et balance au passage quelques charges de dynamite et des bandes de balles de mitrailleuse prises avec moi au cas où. Tout s’éclaire maintenant quant au cas où. Puis je remonte une dernière fois, au pas de course et dans une intensité paisible, faisant une courte étape devant chaque enseigne pour allumer, à coups d’allume-feux récupérés au rayon « Soirée d’hiver au coin de votre cheminée » de l’enseigne Leroy-Merlin et enflammés à l’aide du zippo sorti de la poche intérieure du blouson de cuir que je porte, un feu de joie pas triste, qui va bien vite tourner au feu d’artifice, j’en suis sûr. Puis je m’éloigne, tournant le dos à la scène, l’oreille aux aguets : j’entends les premiers crépitements, tant attendus, suivis de claquements secs et de pétarades, puis d’explosions, sur fond de ronflement sourd, prémices du grand feu qui va embraser la rue commerçante. Je n’ai rien perdu de mon savoir-faire : j’ai toujours aimé m’occuper des feux de bois. Le temps de poser le bidon vide sur le porte-bagages et de l’y attacher, enjambant alors le tout pour prendre place sur la selle, j’assiste, extatique, à une grêlée de morceaux de verre qui arrose toute la rue, poussée par une langue de feu digne du dernier cercle de l’enfer. J’aurais bien du mal à expliquer le sens de tout ça en observant, assis sur mon engin, ce spectacle pyrotechnique tout en tirant de longues bouffées amoureuses d’une blonde américaine. J’ai repris le tabac hier. L’expérience sensitive s’intensifie au fur et à mesure que l’incendie gagne et monte la rue. Des bruits de chaudières lancées à plein volume, un bourdonnement sourd de tremblement de terre, des vibrations et d’épaisses volutes de fumée noire annoncent le spectacle de la dislocation des toits de tôle surchauffée et, dans les grincements du métal qui se tord en laissant s’échapper, par ses brèches des flammèches orangées. Les parois de métal s’effondrent en se tordant dans les flammes, et je vois encore briller dans les rayons rasants du soleil couchant de nouvelles averses d’éclats de vitrines, qui s’élèvent dans l’air pour retomber en rebondissant sur le noir bitume du parking. Dans les réserves et les arrières des magasins les explosions de toutes sortes s’enchaînent. Si âme qui vive il y a dans les parages, je ne devrais pas tarder à avoir de la visite. Je laisse tomber mon mégot sur le sol, me penche sur le guidon de ma bécane et sors de la sacoche de cuir avant mon ami à canon scié que j’arme pour me replonger dans la vision du feu qui saute d’un magasin à l’autre et jaillit des devantures éventrées avec la violence de mille lance-flammes projetant sur l’autre côté de la rue leur lumière dansante.

E.B.

Publié dans 03. Un lever de rideau (31 oct. 2018), Saison 4 (2018-19), Uncategorized | Laisser un commentaire

Doc.

Caméra point A/point B
Caméra A1 sortie
Caméra A2 entrée
Caméra B1 sortie
Caméra B1 entrée

Caméra point C/point D/point E/point F
Caméra C1 Nord-ouest
Caméra C2 Nord-est
Caméra D1 Est-nord
Caméra D2 Est-sud
Caméra E1 Sud-ouest
Caméra E2 Sud-est
Caméra F1 Ouest-nord
Caméra F2 Ouest-sud

Caméra intérieure point G/point H/point I/point J
Caméra G1 intérieure Nord-ouest
Caméra G2 intérieure Nord-est
Caméra H1 intérieure Est-nord
Caméra H2 intérieure Est-sud
Caméra I1 intérieure Sud-ouest
Caméra I2 intérieure Sud-est
Caméra J1 intérieure Ouest-nord
Caméra J2 intérieure Ouest-sud

Notice : réseau extérieur filiation S.S.P

S.S.P liste filiation :
Standford B 44, Sud-ouest
Laurence J 56, Sud-ouest

L’une des palissades avait un trou d’où on pouvait voir l’autre côté car il manquait une planche.

B.S.

Publié dans 01. Des éclats d'éveil (10 oct. 2018), Uncategorized | Laisser un commentaire

à venir…

Publié dans 02. Le discontinu (17 oct. 2018), 05. Un moment fort. Contrepoint. (14 nov. 18), Saison 4 (2018-19) | Laisser un commentaire

Enfance et Forêt

Nous avions pénétré sous les arbres depuis un moment et je parvenais à le suivre pour la raison qu’il marchait précautionneusement sur la mousse, attentif à ne pas écraser de bois mort ni rien qui put signaler notre présence.

Le canon de son fusil jetait par instants un bref éclat lorsque la lumière, trouant la canopée, parvenait à pénétrer les hautes fougères.

J’étais alors guerre plus haut que ses cuissardes et il m’arrivait de me cogner contre elles tant j’étais anxieux qu’il ne me sema dans cette jungle verte où tout paraissait se reproduire à l’identique à chaque pas.

J’écrasais avec régularité de petits champignons blancs.

Un cri retentit dont je ne parvins à situer la distance, l’orientation ni même l’appartenance. J’interrogeais à mi-voix mon père qui me fit un signe sans équivoque du plat de la main, puis je le vis lever son fusil, l’armer doucement en un déclic retenu, et s’arrêter : jambes campées, la crosse logée dans son épaule, le canon pointé vers l’avant.

A cet instant je compris que quelque chose allait se passer, quelque chose qui correspondait à notre jeu entre cowboys et indiens, mais avec une dimension inconnue de moi, comme si une vraie guerre s’invitait à la faveur de l’ombre des sous-bois.

Nous étions encerclés par de grandes créatures aux faces rouges emplumées qui n’attendaient qu’un signal pour bander leurs arcs.

L’instant se dilata comme une onde partie du centre d’un lac.

Enfin un claquement sourd tonna.

Un second coup partit et résonna loin.

A quelques pas, le soleil chauffait une vaste ère minérale où ne poussaient aucunes fougères ; seule une mousse lépreuse coiffait chaque caillou ; dessinant une dentelle ouvragée ocre et jaune.

Le silence palpita très fort.

Papa se retourna vers moi, mis un genou à terre et me dit tout bas en m’entourant la taille : « On le ratera mieux la prochaine fois ».

Monroe

Publié dans Saison 3 | Laisser un commentaire

Jouir à l’infini

En laissant le regard posé sur cet objet ,mais en marchant autour, tout en le fixant : je vis une magie précieuse s’exclamant dans un hurlement venu du fond des âges ,magie mélodieuse pour le regard et pour moi comble de la jouissance des cinq sens unifiés jusqu’à leur paroxysme. Cet objet était une vache ajustée sur une vignette lumineuse ,vignette rose dans le fond ,vache comme toute celle que l’on pourrait voir ajustée sur une vignette. Cette vignette était collée sur un poteau électrique. En passant à côté de cet objet, tout en laissant le regard posé dessus et en tournant autours du poteau, ma surprise fut immense ; petit à petit cette vache encastré sur un fond rose pimpant devint peu à peu puis enfin complètement un train confondu dans un fond bleu. Surpris , Je fis marche arrière ;le train redevint cette vache, le fond redevint rose. Je fis à nouveau marche avant ;la vache à nouveau sur la vignette redevint le train, train sur fond bleu, qui se dégagea du rose : abracadabrantesque !
A nouveau je fis marche arrière ;Je revis collée sur le poteau la vache sur fond rose, en avant c’était le train, train sur fond bleu.

Bruno

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Anecdote sur la métaphore

Conservatoire de Musique et Danse: DANSE
Cycle 1

-Léa FOURNIER Mention AB(non admise en cycle 2)
-Christelle PERACHE Mention AB(non admise en cycle 2)
-Julie PARMENTIER Mention AB(non admise en cycle 2)
-Léa BOULANGER Mention bien(admise en cycle 2)
-Martine RICHARDIN Mention bien(admise en cycle 2)
-Léa PARDON Mention bien(admise en cycle 2)
-Colette MERCIER Mention bien(admise en cycle 2)
-Sandra VRAINDSASKI Mention TB (admise en cycle 2)

Conservatoire de musique et danse: DANSE
Cycle 2

-Flavie GOMEZ: non admise en cycle 3
-Justine SWARTZ: non admise en cycle 3
-Maeva JOHANNA:non admise en cycle 3
-Marie POLI: Mention assez bien
-Marie MERCIER:Mention assez bien
-Amélie LAROCHE: Mention assez bien (avec encouragements)
-Louane MIRAMAS:Mention assez bien (avec encouragements)
-Perrine LEFEVRE: Mention bien (admise en cycle 3)
-Lucie Passini :Mention bien (admise en cycle 3)

* seules les mentions bien et très bien permettent le passage au cycle suivant, la mention assez bien ne permet pas le passage au cycle suivant.

Conservatoire de musique et danse: DANSE
Cycle 3

-Adelaîde MERCIER Mention bien (admise en cycle spécialisé)
-Géraldine LAROCHE Mention bien (admise en cycle spécialisé)
-Kadija MAROUANIE Mention bien (admise en cycle spécialisé)
-Victora SVETLANA Mention bien (admise en cycle spécialisé) (Avec félicitations)

La plante qui dormait à côté de ce panneau où quelques regards venaient parfois se poser acceptait l’orage comme le beau temps, les pleurs comme la joie.

Bruno

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L’allée 3D

L’allée 3D n’est pas l’allée principale ; elle part d’un imposant monument de marbre blanc surmonté d’une sorte de pyramide et se clôture par deux grands cyprès qui tiennent à leur pied en toute saison, une vaste poubelle moulée dans ce vert dont on ne peut signaler la teinte autrement que comme un vert-poubelle.

La porte du lieu a deux entrées ; l’une étroite, l’autre large et voutée pour laisser entrer les corbillards.

Au premier carrefour, le tombeau cité plus haut vous renseigne tout de suite sur la voie à emprunter et le trajet à accomplir. Se perdre serait délibéré tant se retrouver est balisé par des chiffres et des lettres qui subdivisent les allées plus étroites entre les tombes et les contre-allées.

Vous informer si besoin que ces cyprès, contaminés par le lieu, ont cessé toute croissance, autant saisis par la détresse de l’existence que dégoutés par la perpétuelle poubelle accolée sans égard à leurs troncs ; emplie sans discontinuer de déchets végétaux, de débris d’ex-voto et de combien de choses remontées à la surface dont on affecte de ne plus savoir différencier l’humain du minéral ou de tout autre.

L’allée 3D se compte en 427 pas et pas un de plus sauf à vouloir traverser le mur de clôture, ce que je me refuse, me suis toujours refusé. Qu’il soit bien entendu que je ne m’aventure jamais au-delà de mon allée ; l’effort nécessaire à en explorer une autre serait une vanité inutile vu que j’ai cessé d’être un Singulier parce que je suis dans la mort et que ce « je » sans chair n’est que l’écho lointain d’un « je », tout comme mon regard n’est plus qu’une forme de vision désincarnée, tel un appareil donnant l’illusion du mouvement continu ou bien déformant les images jusqu’à ce qu’elles soient devenues des choses noires qui tremblent, ainsi de ces deux cyprès qui se tordent et se roulent en dedans et s’effondrent sur la poubelle et se redressent sous l’eau claire du ciel.

Ma tombe est une dalle noire, la dernière de l’allée, celle où l’on ne perçoit ni date ni nom de mort (ou d’auteur) ainsi que je l’ai voulu, mais cependant parfaitement identifiable grâce à ce tronçon d’un vers de Lecomte de l’Isle gravé en lettres blanches : « d’un point fixe et sans ralentir jamais » ; ironie froide et insondable qui révèle si bien qui je fus, qui j’ai tenté d’être, qui je n’ai pas été, qui je ne suis plus, plus aucune chose en soi, rien qu’une ombre qui enveloppe les cyprès, se couche sur la poubelle, s’étale sur les tombes de l’allée, glisse sur son fin gravier, se mêle à l’étonnement des visiteurs découvrant ma devise, aux conciliabules, au rire étouffé de quelques-uns, à la récompense de celui pour qui l’obscure épitaphe procure soudain l’éveil.

Monroe

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Jouir de l’infini

je passai le chiffon sur sa surface lisse en le faisant tourner dessus comme si il était sale même si loin de là; en le prenant entre l’index et le pouce par son attache, je le portai à la lumière juste sous mon champ de vision et l’inclinai doucement de droite à gauche pour le faire reluire sous la lumière de la lampe. Parfois le reflet m’aveuglait façon de parler, mais à chaque fois qu’il ressortait du faisceau lumineux je pouvais à nouveau le contempler et il apparaissait alors vierge et limpide, un peu comme miraculeusement sauvé des ténèbres qui en général comblaient entièrement ma vie. Toujours avec une tenue méticuleuse du pouce et de l’index sur ce qui derrière servait à se l’attacher; plus exactement cette petite partie qu’il fallait déclipser de la petite pointe par un pression légère, je le reposai sur son socle. J’attendis alors quelques secondes en le regardant, pour jouir à nouveau de lui, et comme à chaque fois, il m’accorda cette instant, et sans me juger ni faire aucun caprice d’aucune sorte, il me fit jouir à nouveau.
C’était la première fois que je le mettais; en transperçant mon pull avec cette petite pointe servant à son maintien pour l’assembler avec la partie qui se passait dessous, j’eus l’impression de l’avoir abîmé; Mais il était là;  je ne pouvais que difficilement le voir, il se tenait sur mon sein, coté gauche, en haut, juste au-dessus du coeur; je ne pouvais voir de lui que quelques reflets dans mon champs de vision lorsque je marchais, presque machinalement, marginalement. je sortis ensuite. Mon attitude était chevaleresque, je n’avais pas le choix.
Finalement la nuit arrivait vite et je dus rentrer chez moi; alors je déposai cette fois pour la journée sur son socle mon pin’s représentant un voilier avec en dessous inscrit en lettre d’or un slogan publicitaire.

Bruno.

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La nuit du grand chaos

1h43 du matin : les gyrophares éclairent de leur lumière tournante, jaune, bleue et orange, les façades de la place et les acteurs d’une scène nocturne d’épouvante. Les véhicules de la police, les ambulances de pompiers stationnent déjà dans la rue quand arrivent celles du SAMU. Leurs chauffeurs démarrent pour faire place nette en quittant la place où des hommes s’activent autour des corps allongés, au milieu des mares de sang diluées par la pluie, sur le sol. Les secouristes font de grands gestes, courant d’un blessé à l’autre, multiplient les positions latérales de sécurité, pratiquent dans la plus grande urgence massages cardiaques et respiration artificielle, appellent les brancardiers. Un crachin fin et insistant tombe depuis une bonne heure, ce qui ne facilite en rien leur travail. On place sur le visage de celui-là un masque à oxygène ; celui-ci est emporté vers une ambulance blanche dans laquelle son corps disparaît pour quitter les lieux à toute allure dans la stridence d’une corne d’apocalypse. Le ballet des hommes du SAMU s’intensifie. Un véhicule démarre en trombe avant d’être remplacé par un autre qui revient à la même allure. Et toujours les sirènes dont l’écho multiplie l’effet, et toujours ces lumières de situation de crise qui font de cette scène somme toute humaine un spectacle de fin du monde. Les accès qui, en période normale, permettent à la circulation de se faire sont fermés par des barrières amovibles tenues par des hommes en uniforme. Ils empêchent toute approche de curieux ou de véhicules non autorisés ou permettent les allées et venues des ambulances. Les soins n’en finissent pas, les évacuations se succèdent. Les couvertures de survie diffractent les lueurs des gyrophares qui affolent la nuit, les casques argentés traversent en courant la place comme dans une superproduction hollywoodienne : un scénario catastrophe semble s’être abattu sur la ville. La pluie s’intensifie. Des éclairs zèbrent le ciel, le tonnerre gronde.

Deux journalistes qui ont emprunté des ruelles adjacentes laissées ouvertes font des clichés de l’activité des pompiers et infirmiers. Micro en main, une femme se dirige vers les officiers qui supervisent les opérations. Est-ce un attentat ? Non. Alors que s’est-il passé ? Je ne peux rien vous dire de plus. A combien de morts et de blessés estimez-vous l’a… Nous communiquerons sur l’événement demain, dans le courant de la journée. Veuillez circuler, maintenant ! Refoulée, elle est ensuite accompagnée, par deux sous-officiers, vers la ruelle d’où elle est arrivée avec son photographe que l’on a contraint à effacer la carte de son appareil numérique. Tête haute, ils repartent en quête de témoins plus faciles à interroger.

Deux heures passent dans les gestes de base, les recours au défibrillateur, les déplacements nécessaires, les courses pour répondre aux cris des blessés encore conscients, les ordres lancés par ceux qui coordonnent et les appels à la rescousse de ceux qui agissent. La nuit semble ne jamais devoir finir. Et pourtant, les ambulanciers multiplient les allers retours entre la place et les hôpitaux de la ville. Et pourtant les corps sont emportés… sans que leur nombre ne semble s’amoindrir. Sur le visage de celui-là, un infirmier tire la couverture de survie. Ils sont déjà plusieurs pour qui les secours auront été trop tardifs. Nul n’en sait encore rien, mais c’est la nuit du grand chaos.

E.B.

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