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La Page blanche : Le blog des ateliers d’écriture adultes de l’association Au Pied de la Lettre.

Des premiers jets d’écriture, des reprises, de la réécriture : toujours des textes d’ateliers.

« Ce que j’écrirais si j’écrivais »

Nous écrivons sans doute autre chose que notre idée première d’écriture. Nous n’écrivons peut-être jamais ce que nous voulons écrire. C’est, on peut le penser, ce désir qui reste désir d’écriture qui nous fait écrire. On peut croire que les mots sont incapables de justesse ou de ce qu’on veut. Alors qu’écririons-nous si nous écrivions ? Vaut mieux s’en tenir à la liste des courses ; acheter du sel ou de l’eau, ce qui manque ; ou poser cette autre question parmi d’autres possibles : écrire, mais qui vous parle d’écrire ?

Jean-Paul Michallet.

Publié dans Saison 2 : 2016/17, Uncategorized

SOUVENIR

– Tiens j’ai croisé Paul l’autre jour. j’étais en train de rebrousser chemin, je m’étais aperçu que j’avais oublié mon portefeuille et en me retournant j’ai vu passer sur le trottoir d’en face Paul, tu te rappelles de Paul? Paul…..LARTIGUES son nom vient de me revenir.
– …? Je ne vois pas non.
– Mais si , il était l’un des animateurs du ciné-club de la rue VANNEAU le vendredi soir au début des années 2000. On s’y retrouvait souvent à la sortie du lycée. C’était le week end on se sentait légers, on voyageait dans le monde de tous ces réalisateurs étrangers, on découvrait le cinéma.
– Le ciné-club oui je me rappelle…mais Paul LARTIGUES?
– Il était le spécialiste entre guillemets du cinéma de l’EST des années 60. Il m’avait fait aimé Vaclav HAVEL… Bon lui ce n’était pas du cinéma mais il parlait aussi d’un monde qui avait besoin d’air et qui cherchait un autre langage, d’autres pratiques politiques. ce cinéma là c’était un apprentissage de…..
– Tu veux dire Milos FORMAN… »Les amours d’une blonde » qu’elles étaient belles ces filles de l’EST sensuelles, nature. elles dynamitaient l’ordre établi par leur seule présence. C’était ça qu’il disait FORMAN. La vie est plus forte quand on restreint les libertés, d’ailleurs…
– Ah oui, j’ai vu récemment « Au feu les pompiers » qui repassait à la télévision. Ca va au-delà d’une critique des régimes communistes mais surtout bureaucratiques de cette époque…C’est universel, un regard affuté comme ça…
– Et Paul LARTIGUES alors?
– Non rien, il ne m’a pas vu c’est moi qui…
– Tu penses souvent à cette période? ….20 ANS..
– En ce moment je suis… Je réalise que le temps passe. Je suis sur le quai et aucun train ne s’arrête depuis un moment, tu vois….
– Moi c’est plutôt le contraire, je suis à 100 à l’heure tout le temps, quelquefois…. C’est un paradoxe, tu vois dans les dessins animés quand les jambes tournent à toute vitesse et que le type reste sur place, finalement….
– Bon tu es pressé là? Ils donnent un film libanais à l’ODEON, ça te dit?

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L’explosion

L’homme venait de sortir de la librairie quand il entendit une forte détonation qui secoua la porte vitrée qu’il venait de franchir. Il se tourna dans la direction d’où lui semblait venir le bruit et découvrit sur le trottoir des hommes et des femmes se tenant comme lui figés dans une position d’attente regardant dans la même direction, le visage inquiet. Après ce moment de sidération, chacun interrogea du regard son voisin cherchant sans doute une réponse à cet évènement inouï. Il observa à quelques pas de lui une jeune fille serrée dans un long manteau noir, les cheveux lâchés sur les épaules qui semblait s’agripper à la bandoulière de son sac, immobile, le regard perdu. Les passants avaient repris pour la plupart leur marche. Certains restaient sur place se rapprochant par petits groupes, commentant l’évènement, rassurés par la présence des autres. La jeune fille ne bougeait pas, semblait regarder le vide, il crut percevoir qu’elle tremblait. Il se rapprocha, la regarda un peu à distance craignant de l’effrayer. Elle semblait ne pas le voir ni la réalité qui l’entourait, absente et toute entière raidie et comme fichée dans le sol. Sentant son désarroi il s’approcha un peu plus et lui dit en adoucissant sa voix:  » Ca va? » Elle sursauta semblant sortir d’un horizon lointain et se mit à pleurer sans bruit, les mains toujours agrippées à la bandoulière de son sac, dans une fixité douloureuse. « Je peux vous aider? » dit l’homme. Elle ne tourna pas son regard vers lui et il pensa que c’était comme si ses mots s’adressaient à quelqu’un d’autre. Il en fut ému et regarda pour la première fois son visage. Elle était très jeune presqu’encore une enfant. Il s’autorisa alors à lui toucher la main, elle le regarda pour la première fois .Il fut secoué par ce regard coupant empli d’une terreur cherchant à se communiquer puis soudain il vit son regard se voiler et eut juste le temps de la rattraper par la taille et de la tenir un moment  appuyée contre lui. Quelques pas sur le trottoir et il entra avec elle dans un magasin tout proche. L’une des vendeuses qui avait vu la scène proposa un fauteuil où la jeune fille accepta de s’asseoir le bras de l’homme toujours posé sur son épaule. Elle semblait retrouver ses esprits, regarda autour d’elle, esquissa un sourire comme un réflexe poli à l’égard de l’homme et de la vendeuse. Elle voulut se relever quand un garçon entra en courant dans le magasin et s’adressant à la vendeuse qu’il semblait bien connaître, lui raconta qu’il venait du quartier des Halles, qu’une explosion avait dévasté la façade et fort heureusement pas fait de victimes, les échoppes étant fermées au public l’après midi. Acte criminel ou explosion d’une bonbonne de gaz, on ne savait pas, la police municipale était sur place et avait sécurisé les lieux. L’homme ne sut pas si la jeune fille avait entendu le récit du témoin. Elle se releva et se tournant vers lui, le remercia et lui  signifia qu’il pouvait ôter sa main de son épaule, qu’elle se sentait mieux et qu’elle voulait rentrer chez elle. Il lui proposa de la raccompagner. Elle déclina son offre reprenant ses distances. Il renouvela son offre inquiet de la laisser partir seule. Elle refusa, paraissant s’agacer de son insistance et d’un pas pressé sortit du magasin sans se retourner. L’homme l’observa un moment pour s’assurer qu’elle était de nouveau en état de marcher, il la vit s’éloigner rejoignant la foule des passants, traverser le boulevard, tourner au coin de la rue en face et disparaitre.

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RIEN QUE DES FAITS

Simon der Alte

Déclaration de main courante numéro (une date et un nombre accolés)

Déclaration effectuée le (une date et une heure : 14h34)

Rédacteur : S. Christine (un matricule) Service (une référence)

Objet : Injures, menaces

Adresse des faits dénoncés : (commissariat central)

Déclaration :

—Etant au service, constatons que se présente la personne ci-dessous nommée qui nous déclare :—-

—«Hier vers 15h00 j’ai reçu un premier appel venant du (un numéro de téléphone fixe), il s’agissait d’un homme d’âge mûr avec un accent nord africain, qui m’a demandé quelle était ma profession. Je n’ai pas répondu à ses attentes, je ne le fais jamais. Une demi-heure plus tard ce même homme m’a appelé avec le (un numéro de téléphone portable) pour me dire ; « je sais qui vous êtes vous êtes (ici un nom), votre profession c’est marabout (ce qui est faux), vous habitez (une ancienne adresse de la personne concernée), Samedi je descends à NIMES et je t’éclate la tête. » L’appartement en question est en vente sur le « bon coin », mes coordonnées téléphoniques y figurent. Je fais cette déclaration à toutes fins utiles——————

le DECLARANT

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Ostensoir

simon der Alte

A cette époque, les rues ont encore un éclairage chiche, témoignage de l’indifférence des autorités pour les résidents de ces quartiers populaires. De simples ampoules aux carrefours, alimentées par tout un réseau de fils, diffusent une lumière jaunasse, comme filtrée par la poussière des rues, des chauffages, des terrils. Le passage, rare, d’une voiture lève des ombres dans les voies couvertes : ces mouvements contre les murs ne donnent pourtant pas le sentiment d’une chose vivante qui serait tapie là. Des formes incertaines se mêlent, maintenues plus longtemps ici où l’ampoule est grillée. On sent des spectres tourmentés cherchant à fuir en glissant autour des immeubles décrépis. De temps à autre, une charrette grinçante que tire un âne approche, possiblement un poissonnier qui se rend à la criée. Puis peu à peu, quelques remuements naissent, ne durent pas mais se révèlent plus fréquents, plus nombreux, plus semblables. On entend des clés heurter des serrures, lourdes, dégageant un sentiment de sécurité en raison de leur poids : on a tant d’attaches à ses biens quand ses biens sont si rares.

On a pourtant envie de faire entendre tout cela. Il y a là, derrière ces murs, des moments de grâce, des soupirs, des corps qui s’enlacent, qui font la vie riche, des moments de désespoir aussi, de honte, d’abandon, des temps de ressentiments, qui font la vie noire et jaune. On a pourtant envie de faire entendre ces silences, ce déversement de rêves au moment de franchir le pas de la porte, de joindre la brigade du matin avec une musique qui vous emporte, un air de lendemains qui chantent que l’on se répète tout bas.

A-t-il plu ? Des théories de nuages se sont dispersés. Des flaques grisâtres subsistent. Formées entre les pavés, soumises au soleil levant, elles délivrent des pépites d’or. Les galets les organisent en fins ruisselets où un ciel pâle et apaisé se reflète, charriant ici un bouquet de feuilles mortes, là comme la crinière de chevaux nombreux : entendez vous le heurt de leurs sabots contre les pierres rondes et lisses des calades ?

Qui, sans volonté de nuire, pénètre dans l’ombre, se répand en particules de lumière. La route que maintenant l’on emprunte plonge sans recours dans le soleil.

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Lampadaire

A côté de chez moi, au coin de la rue il y a un lampadaire qui éclaire une nuit sur 2 ou 3, je ne suis pas allée vérifier mais il m’arrive parfois de rentrer tard et j’observe qu’il est souvent éteint et quand il est allumé il clignote avec des pauses laissant craindre une extinction prochaine qui ne s’est jamais produite. Je ne suis pas toujours d’humeur ou tout simplement disponible pour observer son aura lumineuse aléatoire, mais quand c’est le cas je m’interroge. Le phénomène est ancien, à présent intégré dans le paysage. Mes voisins ne sont pas particulièrement mobilisés par la sécurité nocturne du quartier, cependant je m’étonne que le clignotement du lampadaire et ses absences n’aient pas fait l’objet d’une interpellation des services municipaux et qu’il continue à nous faire de l’œil indifférent aux normes de l’éclairage public. Eux ne m’en ont jamais parlé et les fois où je l’ai évoqué personne ne semblait s’en être aperçu. Face à ce détachement j’ai un moment pensé que j’avais rêvé. Mais non deux nuits plus tard il s’est de nouveau manifesté. Souhaitant éclairer à mon tour ce mystère j’ai pensé, les pensées nous racontent parfois de drôles de choses, que j’étais peut-être la seule à laquelle il réservait ses espiègleries, qu’il me livrait peut-être un message codé venu d’ailleurs ou qu’il se sentait à l’étroit planté dans le bitume et qu’il cherchait de l’aide pour s’échapper. je me suis dit aussi que j’étais peut-être paranoïaque me sentant élue et obligée d’interpréter les signes venus d’un lampadaire fusse-t-il il fantasque. A dire vrai c’est plutôt l’évènement minuscule de ce bégaiement lumineux qui a sollicité mon attention, réveillé mon imagination grâce à un petit ratage connu de moi seule. J’ai pensé me réveiller et sortir dans la rue la nuit, écouter le silence et lever les yeux vers mon sémaphore pour découvrir ses existences secrètes et les variations nocturnes de son alphabet lumineux. je ne l’ai pas fait, redoutant de rompre à jamais le charme par une trop grande assiduité, une insistance coupable diluant l’effet de surprise qui m’avait conduite à cet échange inédit . Il n’a pas la présence tutélaire d’un vieux platane projetant son ombre fraîche sur la façade de la maison, le jour il passerait inaperçu, du béton moulé à hauteur de regard planté à distance régulière de ses voisins, mais la nuit sa présence erratique a installé dans les méandres du temps une butée en forme de sourire qui un instant a ralenti mon pas.                                                                                                                                                                                                                                                                             AMC

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PROIE

Simon der Alte – proposition du 25 Mai : Affects

Elle se rappelait d’une photo (seulement un souvenir : elle ne l’avait plus, cette photo qu’on avait prise d’elle) que Mathieu avait prise d’elle, elle regardait l’objectif, celui qui dirigeait sur elle cet objectif, Mathieu donc, il y avait cette électricité entre leurs corps (car c’était de leurs corps dont il était question) au milieu des tables dressées dont l’ordonnancement originel (une fête en l’honneur d’une promotion peut-être ou un départ en retraite) se trouvait déjà passablement malmené, laissant paraître (sur la photo par effet de perspective) dans l’espace inoccupé par les couverts et les nappes de papiers blancs salies une mandorle d’herbe où elle semblait se tenir, elle projetant son buste en avant, comme aspirée par cet oeil vide, consciente que dès qu’elle abaisserait son regard, elle serait prise, fixée sur la mémoire de l’appareil – elle se souvenait des contractions de son ventre à cet instant où le photographe n’avait pas encore arrêté son cadrage – , cette électricité de leurs corps dont elle n’avait pas l’expérience jusqu’alors (elle aurait soutenu que seuls les garçons éprouvaient cette sorte de tension), le sentiment que la vie / la mort tenait dans cet instant magique comme suspendu, puis d’un geste incongru elle avait renversé le gobelet plastique où Claude venait de lui verser un vin blanc du Rhin, traitant avec mépris la sensation désagréable du tissu souillé de sa robe collant contre sa cuisse et l’incident avait été enregistré sur la mémoire de l’appareil, la tache évidente, impossible à confondre avec une ombre, malaisante (elle ne pouvait imaginer les intentions du photographe – Mathieu, donc – elle dans la position de méfiance des indigènes pour lesquels la photo était, croyaient-ils, possiblement un dessaisissement de l’âme, de leur âme) et il y avait maintenant un débordement possible de colère, ici maintenant, comme sur la photo, comme en ce moment où précisément la photo avait été prise, elle mettait la désagréable érection du fin duvet de ses avant-bras au compte de ce qui ne pouvait être qu’une agression qui la défaisait, tentait de s’imposer à elle (peut-être se disait-elle ma raideur alors – les yeux sans tremblement, le buste porté en avant – prête à griffer … ), l’appareil ayant saisi ces éléments de paysage que la photo (qu’elle n’avait plus) lui avait révélés  : hangars, convives, moutons divaguant dans la prairie à-côté qu’elle avait découverts bien plus tard (elle n’avait pas cherché à en prendre connaissance même longtemps après cette explication qu’elle eut avec Mathieu) capturés en même temps qu’elle-même sur la mémoire-flash de l’appareil, avec un ciel bleu azur ravalés au rang de circonstances lui offrant autant d’occasions d’y puiser une force qui se résuma pour ses voisins à cette expression offusquée persistante qu’ils lui attribuèrent désormais tandis qu’elle ruminait le mot « proie ».

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Elle sortit dans la rue. ( l’objectif donne le subjectif)

Elle sortit dans la rue, regarda à droite , à gauche, ferma le portillon, tourna la clef plusieurs fois, trop pour une seule serrure; il était 7h et le jour réveillait à peine les fenêtres des maisons. Personne en vue.

Une sortie matinale. Petits pas pressés, les yeux baissés, la rue déjà parcourue au trois quart, la tête enfoncée dans un bonnet, très blanc émergeant à peine du col du manteau matelassé, plusieurs épaisseurs sans doute, et les bottes aussi, d’hiver; le caddie des courses rouge foncé qui fait un bruit d’enfer à cette heure matinale et elle massive filant tout droit sur le trottoir de ce petit bout de ville ce matin là. A peine vue, déjà disparue.

AMC

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L’ensorceleuse

proposition du 31 mars : regard à la loupe jusqu’au vertige.

Je monte chez Elvire prendre un dernier verre. Elle insère la clé dans la serrure, la tourne pousse la porte et appuie sur l’interrupteur. Elles sont là. Elles trônent face à moi, au-dessus du bar. Elvire dépose ses affaires sur le sofa et se dirige vers la cuisine. Elle ouvre le frigo. J’entends les bouteilles qui s’entrechoquent, le plastique du paquet de chips broyé entre les doigts, Elvire qui parle de plus en plus fort sans discontinu. Je m’approche du bar à pas lents. Je relève la tête quelque peu. Mes yeux se fixent sur celle qui est au centre. Elle m’hypnotise. Elle m’éblouit, m’aveugle, me réchauffe. Son filament torsadé trois fois traversé par l’électricité convie un grésillement qui retient toute mon attention. J’arrive à compter les tours de celui-ci autour du culot. Elvire me tend un verre de cocktail d’une de ses recettes personnelles. Je l’approche de mes lèvres, en sirote quelques gorgées. C’est vrai que le dosage est équilibré. Le sucre est présent mais pas jusqu’à la nausée. Tous les goûts se révèlent un par un : le sirop de grenadine, le jus d’orange, le champagne. Je fais communier mon verre avec ma jeteuse de sort. Elle fait alors apparaître tous les dégradés de couleur, les fines bulles qui finissent par éclater à la surface. Je parviens presque à les entendre.  Elle donne encore plus de majesté à ce breuvage. Sa lumière darde de plus en plus fort jusqu’à disparaître. Elvire prise par surprise en lâche son verre qui finit à terre dans un fracas. Plongée à présent dans le noir, je me sens à la fois en proie à l’effroi et apaisée.

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Le jardin des amandiers

Il était fatigué, il marchait depuis longtemps déjà quand il vit le panneau qui indiquait, tout proche, le jardin des amandiers. Là ou ailleurs, il avait envie de se poser, peut-être même de se reposer. Il y arriva rapidement, une grille rouillée, deux immenses cyprès, un chemin qui montait. Il regarda le nom de la rue, Elisée Reclus, il faudra que je me renseigne sur ce type au nom étrange, se dit-il en franchissant la grille.

Un jardin presque méditerranéen dans une ville et une région qui ne le sont pas, pas d’amandiers mais des cyprès, quelques oliviers bien à l’abri d’un grand mur de pierre qui devaient mieux profiter du soleil quand il est là, pas de grottes artificielles ni de rochers de ciment mais des petits chemins caillouteux qui partent dans tous les sens autour de majestueux platanes.

Il se demandait pourquoi il n’était jamais entré dans ce jardin alors qu’il venait si souvent dans cette ville, pourquoi personne ne lui en avait parlé. Il marchait, le jardin sentait la garrigue mouillée, pourtant l’herbe était verte comme jamais elle ne l’est dans la garrigue; tel qu’il le découvrait cet endroit lui plaisait.

Il s’arrêta devant un curieux monument carré, sans ornement, sur lequel étaient gravés des noms et des dates, Famille Bancel-Cabot: Eva, Emile, Elie, Suzanne, Augustine, René. C’était donc une tombe, là, au milieu d’un jardin public, entourée d’une grille basse ouvragée qui l’isolait, qui la rendait en quelque sorte inviolable. Il ne se demanda pas pourquoi ces gens étaient enterrés ailleurs que dans un cimetière, c’était comme les amandiers qui n’étaient pas là ou le personnage dont la rue portait le nom, il chercherait plus tard.

Il marchait, il montait vers la rumeur de la ville, le jardin était désert. En haut il se retourna et constata que le jardin n’était pas si grand, la tombe carrée et les cyprès presque proches. Derrière lui un mur, le jardin surplombait une voie ferrée très enfoncée et en partie recouverte, en face un boulevard bordé de belles maisons de briques, la Méditerranée était loin.

Il descendit s’asseoir sous les platanes, puis il quitta le jardin.

Y.Siol

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Paysage (consigne du 29 Avril) ——— simonderAlte

Page 1) – un paysage (urbain) composé – grosse influence des photos dans«  L’Oeil du consul : Auguste François en Chine, 1896-1904textes [et photogr.] d’Auguste François ; rassemblés par Pierre Seydoux »

Bientôt visible à a médiathèque

La ville chinoise

De la fontaine de Neptune aux quais, il fallait bien prévoir une vingtaine de minutes, à condition de traverser ce qu’on appelait localement la « ville chinoise ». La ville chinoise était la relique d’une place forte que des tribus résidentes avaient bâti autrefois pour sécuriser les hommes et les terres dont la vocation de potager demeurait vivante. Les matériaux nécessités pour l’édification de son remblai avaient été prélevés sur place, permettant de lui adjoindre un fossé dont l’intérêt militaire était évident. L’élévation du mur avait bénéficié d’un soin extrême, des tiges de bambous réputés imputressibles ayant été tressées pour fixer le bâtiment. Seules quelques briques vernissées bleues parcimonieusement mobilisées pour la décoration de la porte avaient été abîmées lors de la révolte des boxers dont elle fut sans doute le point d’apparition le plus distant. Elle fut vite restaurée mais avec mauvais goût. Dimensionnée pour une population abondante et sans doute dans un contexte belliqueux exigeant une certaine précipitation, les lots d’habitation avaient été élevés sans plan d’ensemble, s’écartant d’un alignement naturel ici pour se soustraire à une rigole dont l’intensité risquait de ruiner la barraque, là pour échapper aux regards plongeant des voisins qui avaient installé leur abri plus tôt et plus haut. Ces cabanes montrent un profil très homogène : un étage réservé à la chambre familiale établi sur un rez-de-chaussée peu élevé destiné en principe au rangement des outils mais utilisé le plus souvent comme débarras. Des tissages traditionnels séparent l’étage-chambre de la rue, de sorte que la rue se teint naturellement de pastel et d’indigo. Généralement, devant la maison, une bande de terre empiétant sur la voie est réservée à la cuisine et au repas. Le repas n’a pas d’heure et ceci ajoute au désordre du lieu, offrant une confusion complète que seuls déjouent les opiomanes guidés par leur manque dans ce labyrinthe.

Page 2) Guirlande d’emprunts – collages – rendre un effet

le projet : déplacements dans la ville possiblement de plusieurs personnages mais comme des calques superposés

Nevhaven possède une ville dans la ville, entourée de murailles, des remparts très épais. Localement, on l’appelle la « ville chinoise ». Nourrie des apports les plus pertinents de la poliorcétique, elle se compose d’un fossé profond et d’un remblai. Le remblai, côté intérieur et côté extérieur, est planté d’acacias. Le fossé est de broussailles, de ronces et, par places, de joncs sur des marécages. On y déverse des tombereaux d’ordures.

Bien des salles, le plus grand nombre, y servent de prison pour les politiques.

Les femmes y attendent des nouvelles, un verdict et peut-être un document ordonnant tel ou tel à se rendre à quelques places douloureuses, où les chairs se brisent sous la glace (et le voyage mon fils je l’accomplirai (ô joie) avec toi – qu’importent alors les circonstances ? ).

Nous n’y entendons rien que le bruit odieux

de la clé qui grince

et le pas lourd des soldats.

Nous nous étions levées comme pour les matines

nous avions marché dans la ville à nouveau sauvage

« Nuit, rue, réverbère, pharmacie, lumière absurde et trouble.

Nuit. Rides sur l’eau dans le canal gelé.

Pharmacie, rue, réverbère. »

Elles psalmodiaient ainsi que les pleureuses qu’autrefois, on invitait pour animer la veillée mortuaire :

« Il aimait vraiment le soleil qui, pourpre, descendait la colline,

les sentiers de la forêt, l’oiseau noir qui chantait,

et l’exubérance de la verdure » dit-elle ; quelques paroles où se tenir à l’aise malgré tout, paroles usées, paroles de circonstances, paroles de pleureuses rémunérées.

« Lorsque je t’ai rencontrée par une nuit sans étoile, perdue dans un labyrinthe obscur, mon désir fut de te guider avec ma lanterne », parole de pacte, d’entente et l’on traverse pas à pas cette ville chinoise, un labyrinthe quand passe un vent de toute beauté sur l’Enfer…

(un vent de brume à la hauteur de nos poitrines,

il suffit que nos deux seuls regards le dominent,

et le ciel au-dessus et bienheureux et clair). Là dans ce dédale des cabanes, j’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,

se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre.

Pourtant au cours de cette déambulation, Borlio me fit également passer par une rue étroite et majestueuse des vieux quartiers, que bordaient presque sans interruption la série des maisons centenaires de riches et illustres familles patriciennes. Borlio s’arrêta devant l’une de ces hautes demeures, solides et étroites, il me montra un blason au-dessus du portail et me demanda : « connaissez-vous cela ? » Enchâssé dans la maçonnerie récemment refaite, un pan de mur vétuste se dressait là gardant encore à l’un de ses angles les armes du podestat qui l’avait érigé : la marque sobre et orgueilleuse de la ville éclatait sur ce mur nu … Le zéro d’une borne milliaire. De là, on rejoint un sentier. S’éloignant du centre

un chemin de pierre pénètre dans un val rouge

le portail en sapin est recouvert de mousse

sur les marches désertes, des traces d’oiseaux.

Borlio affirma détenir des mystères encore plus grands si je voulais le suivre, et me mena jusqu’à un endroit à l’orée de la forêt appelé « Am Himmel » où la route peu large qui décrivait une vaste boucle jusqu’au château de Cobenzl découvrait sous un autre angle l’immense panorama de la plaine et, plus près au milieu des vignes, le fier bâtiment de l’académie qu’on avait le privilège d’habiter.

Mais ici, me dit le receveur, ricanant comme quelqu’un qui hésite,

c’est ici qu’on met les politiques.

Murailles pénitentiaires révélées, immeubles nobiliaires exposés, il m’était étrange d’apprendre comment se présentaient les lieus qui ranimaient ces noms sur la carte géographique qui provenaient de la courte histoire des chercheurs d’or de la région (« la Forge du Mirage », « le lac du Fiasco », « la colline des Pieds-Gelés », « le Ruisseau du Demi-Dollar », « l’île du Bluff » ou bien ce n’était que de simples chiffres, tels que « lac des Six-Milles » avant le « lac des Neuf-Milles » derrière le marécage des « Quatre-vingts milles ».

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Les emprunts :

Des remparts très épais entourent la ville de Brest. Ils se composent d’un fossé profond et d’un remblai. Le remplai, côté intérieur et côté extérieur, est planté d’acacias. Le fossé est de broussailles, de ronces et, par places, de joncs sur des marécages.On y déverse des tombereaux d’ordures.

J.GENET – querelle de brest / gallimard, page 255

Nevers est une ville entourée de murailles.

M .DURAS – Hiroshima mon amour

Nuit, rue, réverbère, pharmacie, lumière absurde et trouble.

Nuit. Rides sur l’eau dans le canal gelé.

Pharmacie, rue, réverbère.

BLOK – Danses de la mort /poesie gallimard

Nous n’entendons rien que le bruit odieux

de la clé qui grince

et le pas lourd des soldats.

Nous nous étions levées comme pour les matines

nous avions marché dans la ville à nouveau sauvage

A.AKHMATOVA – Requiem /pg

Il aimait vraiment le soleil qui, pourpre, descendait la colline,

les senties de la forêt, l’oiseau noir qui chantait,

et l’exubérance de la verdure.

G.TRAKL – chant pour Gaspard Hauser / rêve et folie. / Ed. Héros – Limite

Lorsque je t’ai rencontré par une nuit sans étoile, perdu dans un labyrinthe obscur, mon désir fut de te guider avec ma lanterne.

R. TAGORE – La Fugitive – l’âme des paysages / Gallimard

Il passe un vent de toute beauté sur l’Enfer…

(un vent de brume à la hauteur de nos poitrines,

il suffit que nos deux seuls regards le dominent,

et le ciel au-dessus et bienheureux et clair)

P. DE LA TOUR DU PIN – Une somme de poésie / Gallimard

J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,

se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,

initiés à tête d’ange

A. GINSBERG – Howl / Christian Bourgois éditeur

Au cours de cette promenade, Tito le fit également passer par une rue étroite et majestueuse des vieux quartiers, que bordait presque sans interruption la série des maisons centenaires de riches et illustres familles patriciennes. Tito s’arrêta devant l’une de ces hautes demeurs, solides et étroites, il lui montra un blason au-dessus du portail et lui demanda : « connaissez-vous cela ? »

H.HESSE – le jeu des perles de verre / Calmann-Lévy

Enchâssé dans la maçonnerie récemment refaite, un pan de mur vétuste se dressait là gardant encore à l’un de ses angles les armes du podestat qui l’avait érigé : la marque sobre et orgueilleuse de la ville éclatait sur ce mur nu …

J.GRACQ – le rivage des Syrtes / Jose Corti

Rendant visite à un moine et ne le trouvant pas

Le chemin de pierre pénètre dans un val rouge

le portail en sapin est recouvert de mousse

sur les marches désertes, des traces d’oiseaux.

LI-PO –

Le plus imposant dans cette demeure si belle en elle-même était qu’elle se situait à égale distance du terminus du tram 38 à Grinzing et de la forêt qui s’étend plus haut.On pouvait ainsi choisir soit de remonter entre de modestes villas la seconde moitié de la Himmelstrasse jusqu’à un endroit à l’orée de la forêt appelé « Am Himmel », soit de suivre, si l’on n’avait pas envie de forêt, la route peu large qui décrivait une vaste boucle jusqu’au château de Cobenzl où l’on découvrait sous un autre angle l’immense panorama de la plaine et, plus près au milieu des vignes, le fier bâtiment de l’académie qu’on avait le privilège d’habiter.

E.CANETTI – Histoie d’une vie – jeux de regards / AlbinMichel

Les rares noms sur la carte géographique provenaient ou bien de la courte histoire des chercheurs d’or de la région (« la forge du mirage », « le lac du fiasco », « la colline des Pieds-gelés », « le ruisseau du demi dollar », « l’île du bluff » ou bien ce n’était que de simples chiffres, tels que « lac des six-milles » avant le lac des Neuf-Milles » derrière le marécage des Quatre-vingts milles. »

P.HANDKE – le lent retour / récit Gallimard

Mais ici, me dit le receveur, ricanant comme quelqu’un qui hésite,

c’est ici qu’on met les politiques.

T.TRANSTRÖMER – Baltiques / poesie-gallimard

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