Au pied du mur

Au pied du mur, il y a un être pensant de sexe femelle, immobile. A genoux. Au coin de son œil, brille une larme. Elle tient un mouchoir de tissu blanc, avec lequel elle arrête le ruisseau des pleurs sur sa pommette.
Sa souffrance est silence. Ses lèvres ne tremblent pas. Son nez, sa gorge, sa bouche ne prennent pas part. Ses yeux, seuls. Et sa main, qui écope l’amertume de la vie. La pureté de son effondrement est de celles qui ne passent ni par les sons, ni par les mots. Son âme est abîme de silence. Ses épaules ne sont pas secouées. Sa poitrine ne se soulève pas. Ce corps agenouillé est sidéré.
Le ruisseau de ses larmes, toujours recommencé, ne se tarit pas. Sa souffrance ne tremble pas. Ses lèvres sont silence. Son nez ne prend pas part, sa gorge ne prend pas part, son corps ne prend pas part. Nulle secousse ne meut ses épaules ou sa poitrine. Son corps sidéré ne scande nul sanglot. Ses yeux, seuls. Le mouchoir. Encore, et encore… A genoux, au pied du mur, se tient cet être-là.
Plus loin… Tes yeux ne peuvent se détacher de cette image, obstacle sur ton chemin. Impossible de passer outre. Elle est posée là, au pied du mur, statue vivante du chagrin. La sphinge pose sans relâche sa question et ta bouche reste muette, capable de ne dire que ce qu’elle voit en vain. Tes yeux ne peuvent se détacher de cette énigme. Il faudrait voir l’invisible, dire l’indicible. Le chemin se ferme devant toi.
Au pied du mur, il y a cette question muette, immobile, ton premier être pensant depuis ton départ, ses yeux et sa main, et toi, imbécile, sans intuition, arrêté. Son visage de madone a la splendeur d’un arrêt de mort…
Quand le jour se lève, elle est toujours là. Même position, mêmes larmes qui coulent sans relâche. Tu sais que tu ne pourras reprendre ton cheminement sans avoir trouvé la réponse à la question qu’elle te pose silencieusement. Le temps s’écoule seconde après seconde, tu n’as pas besoin, quand le soleil se couche, de prononcer le moindre mot pour la voir se lever soudain, dans la grande dignité qui l’accompagne, les yeux secs. Elle a laissé derrière elle, sur le sol, son mouchoir de tissu blanc et tu vois s’éloigner puis disparaître sa longue robe noire dans le soleil couchant. Tu vas pouvoir reprendre ta marche sans fin. Tu l’as libérée.

E.B.

Cet article a été publié dans En vrac (avant sept. 2015). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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