Le monologue d’un lion

Puisqu’il me semble que vous avez accepté de m’accueillir ici et là dans votre vaste demeure qu’est cette forêt, laissez moi vous raconter l’histoire de ma vie et laissez moi, mes frères, vous expliquez comment je me suis retrouvé ici avec vous. Je sais, il n’est pas habituel pour vous d’avoir comme compagnie un lion, mais n’ayez aucune crainte d’entrer dans cette clairière pour que vous puissiez entendre l’histoire que j’ai à vous conter ; approche ! toi ! La petite biche cachée dans l’ombre derrière  le petit bosquet qui est là, approchez, et entrez dans la clairière où je me trouve :  renards, fouines, écureuils et vous tous qui peuplez ce bois, venez écouter l’histoire d’un lion venu des vastes plaines africaines.

Dès mon plus jeune age, mes parents commencèrent à me donner une éducation en me faisant découvrir les rudiments de la chasse : tout d’abord, ils se mettaient autour d’une proie qu’ils avaient rattrapée et passablement désarmée pour que nous puissions, mes frères et moi, y faire nos premières armes ; l’énergie et l’acharnement que nous mettions alors avec mes frères pour faire flancher cette animal prisonnier entre nous tous ne suffisait pas pour compenser le manque de puissance que nous avions dans la mâchoire. Il fallait l’intervention de notre mère qui, au bout d’un certain temps, lassée de nous voir lassés, portait le coup fatal à notre proie qui se sachant perdue se couchait en général sur le flanc pour recevoir l’étreinte funeste.

En grandissant ils me laissèrent plus sérieusement participer à la chasse et petit à petit je pus commencer à tuer mes premières proies. Ils m’inculquèrent des bases solides avec lesquelles  je pus dès l’age adulte chasser ce que je désirais et de la meilleure des manières ; je pouvais chasser gnous, buffles, zèbres et parfois (cela à vrai dire à l’aide de mon clan) des girafes ; Le monde était mien !

En général nous chassions en groupe et dans une parfaite organisation, mais il m’arrivais parfois de chasser et de dévorer une proie entière moi seul.

Alors, allongé dessus, j’aimais lécher le sang qui glissait des plaies mortelles que je lui avais faites avant d’ensuite y enfoncer les crocs pour commencer à y farfouiller plus profondément. Tranquillement je déchirais ensuite petit à petit tout ce que de viandes la proie durant sa carrière avait trimbalé ; entre les os, ce qui s’y tenaient pouvait être un véritable monde de fascination… si fascinant d’ailleurs, que nous ne laissions que très peu sur les carcasses aux vautours, et cela malgré leur insistance.

Ma vie était ainsi faite, remplie d’une débauche (permettez moi d’employer ce mot) »carnivoresque »nous étions mes frères et moi, dans l’allégresse, une décontraction où l’abondance était partout ; il ne me suffisait que de faire un pas pour boire dans l’une des nombreuses étendues d’eau qui se trouvaient dans les plaines. La force de notre clan était telle qu’il nous était assuré une sérenité au quotidien.

Ha ! mes amis ! dans cette forêt et dans cette clairière en votre compagnie , il m’est presque rappelé ce temps ou j’évoluais en toute liberté dans la savane… Avant de reprendre, le lion bâilla de toute ses forces et s’étira sur un arbre qui sous son poids vacilla et perdit de son tronc quelques morceaux d’écorces dans un énorme fracas.

Arriva le jour de la raison pour laquelle je suis dans cette forêt avec vous aujourd’hui mes frères, arriva ce jour, celui qui allait me soutirer de ma famille pour me faire passer sous le joug irrésistible de l’homme : un morceau de viande bourré de somnifères disposé dans la savane avait servi à ma capture, ho ! à peine y avais-je goûté que j’avais senti mes membres faiblir.

Je m’étais réveillé en cage, d’où je voyais à travers les barreaux deux hommes qui semblaient se parler de manière spéculative, finalement, je fus acheté par un gérant de cirque.

Dans ce cirque où j’étais fait prisonnier et qui voyageait de représentation en représentation dans toute l’Europe de l’est, ils avaient réussi par la force à me dompter ; puis, par un stratagème qui se tenait dans le même élan de ce qu’ils avaient réussi à faire avec le fouet, à me dresser.

Entre les représentations, et pour la promotion du cirque, il me montrèrent dehors depuis ma cage près du chapiteau. J’y était alors enfoncé dans la solitude et je ne faisais que décevoir les trop curieux qui attendaient de moi un rugissement primal…

Dans cette cage, où mes pattes dépassaient des barreaux, où ma crinière touchait son plafond et où ma queue dépassait pour parfois derrière toucher le sol, la seule chose qui me rappelait mes frères et ma liberté était la pleine lune qui parfois descendait pour me réveiller de mon sommeil pour se montrer toute entière sous mes yeux.

Prisonnier, les jours se succédèrent les uns aux autres et se ressemblaient tous… jusqu’à celui de ma liberté, une liberté que je dus à une inadvertance qui était associée à la vie laborieuse de la troupe ; ils avaient oublié de fermer le verrou de ma cage de fer.

C’est en voulant me retourner dans cette espace trop étroit que je me rendis compte de cela : la grille de la cage s’était ouverte soudainement en grand et en un instant ma vie n’était plus obstruée par des barreaux ; il me fallut alors un temps avant de comprendre que je pouvais être libre, un moment pour m’élancer vers la liberté, mais en un mouvement je fus dehors, libre, et je sentis mon cœur battre à nouveau.

Puis ensuite, c’est en m’enfonçant dans cette forêt que j’avais fini par vous trouver mes frères, mon festin !

Bruno

Cet article a été publié dans Saison 1 : 2015/16. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s