Constat d’échec

dsw

« Il mesure deux mètres. Les épaules larges, le dos massif, le haut du corps penché sur la force qu’il offre à tous. De sa syntaxe folle jaillissent akènes de pissenlit, essaims d’abeilles, flocons neigeux, avalanches de roche, glissements de terrain, séismes, chevauchements sauvages des plaques tectoniques et, soudain, c’est la terre qu’il éventre pour y projeter des cascades marines d’eau saumâtre ! Commence alors une plongée dans les abysses. Inspiration, expiration, révélation au monde de son propre enfantement dans une mort lente. Au fond des failles, sous les océans, coulées de laves éblouissantes aussitôt figées au contact de l’âcre marine en une dentelle de roche volcanique. Exploration rauque du centre de la terre. Le souffle, un court instant redevenu infime, s’épanouit en un panache de vapeur, une accumulation de poussière de comètes. Et au cœur de l’atome, naissent autant de trous noirs et de supernovas, de galaxies et d’infinis espaces qu’il enjambe de ses pas de géants. Et alors que semble mourir le climax, il ne fait qu’y parvenir en faisant éclore de son univers multicolore une étincelle, minuscule, suivie de gerbes aveuglantes, de boules de feu infernal, de mille astres fiévreux aux éruptions incandescentes, explosions de neutrons, ultime fécondation dansée des infinis positif et négatif. Renaissance de l’univers jusqu’à sa définitive expansion. Enfin, remontant on ne sait quel estuaire, il se livre en un radieux point d’orgue à la transhumance sacrée, ondulant doucement pour laisser derrière son écumeux sillage l’âge d’homme du fleuve et rejoindre, en un cri déchirant, l’enfance du ru et le goutte-à-goutte du filet d’eau qui suinte de la roche… »

Assis face à l’écran sur lequel il tente de dire l’improvisation du jazzman, il sait qu’il n’est qu’une manière d’écrire la musique. Sur les lignes d’une portée. Il aurait pu relever dans son cahier de musique, pour les seuls musiciens, le chorus qu’il cherche, avec ses images, à faire revivre dans un texte qu’il voudrait littéraire. Là où la portée peut dire à la fois le rythme et la note, la page blanche qu’il noircit ne fait que traduire l’interprétation. En vain. La musique n’y est pas.

E.B.

 

Cet article a été publié dans Saison 1 : 2015/16. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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