Randonnée nocturne

Marchant de nuit sous la canopée qui me protégeait de la pluie, me heurtant sans cesse au tronc des arbres, retenu de courts instants par les griffes des branches d’arbustes encombrant le chemin, j’avançais à tâtons, les bras tendus devant moi pour déjouer, mais en vain, les pièges de la forêt. Chutant à toute occasion, le pied pris par la traîtrise d’une racine, je me relevais pour me heurter aux nouveaux obstacles qu’opposait à ma présence en son sein la sylve septentrionale. J’étais crotté, des feuilles mortes collaient au tissu de ma veste et l’humus envahissait tout, chaussures et sous-vêtements. En m’étalant de tout mon long, ma main avait plongé dans la viscosité d’un vieux champignon. Je l’avais essuyée de mon mieux à la jambe droite de mon pantalon. Les murmures de la forêt, que je traduisais vaille que vaille, m’invitaient à rebrousser chemin, comme pour encourager ma volonté à vaincre les ténèbres ou à renoncer une fois pour toute. Mais il était trop tard. Dans mon dos, la profondeur de la nuit était aussi grande que devant moi et le chemin à parcourir au moins aussi long. Incapable de me rappeler quelle folie m’avait poussé à m’aventurer en pareil lieu à pareil moment de la nuit, l’orée du bois m’offrit une récompense à la hauteur de mon acharnement. Un lever de soleil pour renaissance.

E.B.

Cet article a été publié dans Saison 1 : 2015/16. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s