Les lundis au soleil…

Les dimanches où l’on était invités, ce mot, invités : promesse de nappe en tissu et d’une succession lente de plats sans relief.
C’est un appartement et il y fait chaud, le temps pèse sur l’estomac dès l’apéritif. Dans mon verre il y a trop de sirop. Le fauteuil où je suis assise est très mou, revêtu d’une sorte de tapisserie à fleurs dans des tons dits naturels, camaïeu de verts et d’ocres. Je m’amuse à suivre la trame apparente du tissu, puis à polir les accoudoirs de bois verni. Pour accéder au bol de cacahuètes je suis obligée de m’asseoir à l’extrême bord du coussin qui forme un bourrelet à cet endroit. Je ne tarde pas à basculer en arrière, aspirée par le dossier sans vertèbre. Je mâche une à une les trois cacahuètes dérobées à l’attention générale. Les voix adultes sont un bruit de fond sans paroles, de temps en temps les rires me font préciser la direction du regard et je souris comme si j’avais entendu la blague. Je sais que c’est la même que dimanche dernier.
Au signal visuel de l’hôtesse qui se lève, je m’extirpe du siège en prenant appui sur les accoudoirs comme sur les barres parallèles du cours de gym et me dirige en un salto parfait vers la place qu’on m’a désignée. J’ai mangé trop de cacahuètes. A droite de mon assiette le couteau repose sur un morceau de céramique orné de motifs arabisants. La discussion part sur les dernières vacances, le voyage au Maroc. Nous on est pas partis cette année non plus. Le couteau pèse sur la nappe, je jauge son poids en le soulevant légèrement et en le laissant retomber. En entrée c’est œufs mimosa. Je retire un peu de mayonnaise et je forme un monticule posé sur le bord de mon assiette. A l’autre bout de la table ma mère fronce les sourcils en m’observant. Je passe outre et j’émiette ma tranche de pain au-dessus du monticule. J’ai vraiment mangé trop de cacahuètes. Le repas se poursuit dans un volume sonore en expansion. Au café l’album des dernières vacances circule autour de la table. Je ne bois pas de café mais j’ai droit à l’album. Il y a beaucoup de photos de portes. Cette fois-ci ma chaise est trop dure et j’ai des fourmis dans les pieds.
A la tombée du jour on emprunte la cage d’escalier qui résonne pour regagner la R12. Ma mère dit qu’elle est bleu nuit. En rentrant j’ai des devoirs, demain c’est lundi.

Fab.R

 

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