De la pluralité du même

Il m’est apparu tout d’abord égal à lui-même c’est à dire accablé par le poids du monde et le sien propre le visage tirant vers le bas comme effondré sur son torse et me tendant une main incertaine avant de s’effacer pour réapparaître au meilleur de lui-même plein de tendre effusion allant jusqu’à me prendre dans ses bras avec ce chapeau et cet imperméable dont il s’était déguisé aussi je le repoussais quoique sans brutalité mais il prit alors un air si soupçonneux et fureteur que je n’ai pu m’empêcher de l ‘apostropher avec une phrase du genre tu te prends pour Colombo ou quoi en ajoutant tu es très loin de pouvoir jouer les détectives aurais-tu oublié que le plus petit danger t’alarme mais au lieu de chercher à infléchir mon jugement le voilà qui pointe un pistolet vers moi avec un air mauvais qui m’effraie un instant aussi je lui fais remarquer qu’il n’a aucune raison de s’en prendre à moi vu que je l’ai toujours repoussé avec des égards et même une certaine considération mais par contre lui dis-je si tu cherches à te ridiculiser en te maquillant aussi grossièrement tu as gagné même si tes efforts pour ressembler à une femme relèvent d’un culot que je ne te connaissais pas cependant il aurait fallu au moins te raser la moustache et il était bien inutile de tenter de chausser des talons aiguilles puisque te voilà obligé de t’appuyer sur mon épaule quoiqu’à y bien regarder ce serait plutôt des bottes et même des cuissardes ce qui me fait subsumer que tu t’apprêtes à partir pour la pêche et d’ailleurs ce grand ciré jaune fait presque de toi un marin il ne te manquerait que la pipe en écume et le collier de barbe pour y prétendre quoique tu ne manques ni de cheveux ni de barbe au point de ressembler à un de ces vieux hippies jamais revenus de Katmandou mais je te ferais gentiment remarquer que ça ne prend pas avec moi qui te connais depuis des lustres et sais donc parfaitement que tu es imberbe de naissance au point que tout le monde te prend pour une sorte de bonze naturel mais de là à t’affubler de la robe safran des moines bouddhistes permets-moi de te dire que je trouve ton vêtement un brin ostentatoire d’ailleurs je te préfère en costume cravate souliers cirés et c’est à dessein que j’insiste sur « cirés » car tu est crotté mon pauvre ami au point que je me demande d’où tu peux bien sortir avec cet air hagard et pour en finir je te prie d’ôter tes mains de ma taille et tes pieds de mes pieds vu que tu es un très médiocre danseur et le bruit court que tu serais un amant plus pitoyable encore aussi il te faut réaliser une fois pour toute que je ne vais pas céder à un homme sans qualités viriles et à peine assuré d’être lui-même.

J.P.

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