Avec Grobec

Battements d’ailes, muet chuchotement d’une plume qui, portée par l’air, tombe en chaloupant – entrée dans la frondaison d’un platane – sur une branche, posée.

En bas, agitation humaine – carrefour – feux rouges – voitures à l’arrêt – d’autres, venues de gauche ou de droite, passent – bruits de moteurs – sonorités agressives – violence des musiques urbaines qui passent dans quelque véhicule – coups de klaxon – nuit brûlante – flow du rap qui naît, grandit, meurt en s’éloignant – démarrage au feu vert – vrombissement – crissements de pneus – à gauche, une voiture sonorisée crache au visage du piéton son métal hurlant.

Flap-flap des ailes qui se déploient – envol – sortie des branches – contact des feuilles.

En bas, ils sont petits, les hommes.

Passage au-dessus des immeubles – sifflement de l’air – battements d’ailes – gifle du vent – clocher de la cathédrale.

Peut-on dire le bruit d’un pigeon qui se pose ?

Près de la grosse cloche, un tour sur soi – ailes plaquées contre les flancs – pattes repliées – tête sous l’aile gauche – jabot gonflé.

Calme de la nuit.

En bas, rien ne bouge – place déserte – cris des lampadaires.

Yeux fermés – dormir – loin de la furie – loin de la fenêtre où un bol de grains de blé attend, posé là par… une main.

Quelle main ?

Sommeil profond – agitation nerveuse, sous le derme – frisson d’une aile – immobilité – silence.

Nuit profonde – calme relatif – volet qui claque – une fois.

En bas, passage d’une moto, au loin – éclats de voix d’ivrognes qui se battent, au loin – sommeil – au petit jour, commence le ballet des nettoyeurs – lavage à grande eau des ruelles – chuintement des karchers – premières lueurs du travail de l’aube – ouverture des  cafés les plus matinaux.

Tête qui passe de sous une aile à l’autre – yeux qui s’entrouvrent.

Premières lueurs du jour – lever du soleil – début d’agitation humaine.

Réveil de l’estomac – le premier – légers froufrous – battements d’ailes – envol – sens de l’orientation inné.

Déjà apparaît la fenêtre, ouverte – appartement vide.  Auprès de moi, Grobec !

E.B.

Cet article a été publié dans Saison 2 : 2016/17. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Avec Grobec

  1. Excellent; très inventif. Le tiret s’avère très juste comme ponctuation d’écarts sonores.
    A signaler: voi(x) d’ivrognes.
    Beau travail Président.

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