Epiphanie 2017

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A l’arrivée du col de la Bacanière, le leader avait été chronométré avec une avance de 4min57 sur le peloton. Déjà, on pouvait sur son visage voir apparaître la grande satisfaction que seule peut amener une victoire d’étape dans une course aussi difficile. Plus que la descente, l’avance  qu’il avait sur les autres concurrents lui permettait d’assurer un maximum, il négociait alors les virages avec les jambes bien écartées, en les prenants le plus large possible, il savait que la pluie plus que présente  pouvait le faire chavirer à toute instant.
Encore 3 km et le triomphe ! Sur l’asphalte détrempé, dans cette descente, son corps brûlait, des bribes de pensées étaient venues se mêler à l’adrénaline; en cette fin d’étape il repensa à sa mère, décédée deux ans plus tôt. A son frère, qui, très rapidement avait quitté le cocon familiale et qui vivait à présent au Chili d’où il ne donnait plus de nouvelles. Puis, il pensa à ce père qu’il n’avait jamais connu, emporté par la maladie peu avant sa naissance… Après une série de virages en lacets, le village d’arrivée déjà apparaissait, la victoire se dessinait cette fois totalement… C’est alors au pied de ce village que le coureur ressenti une secousse, son pneu arrière venait d’éclater; il dut s’arrêter. Déjà l’équipe technique était sur place et un mécanicien à genoux commençait à réparer… les secondes passaient et le mécanicien sous la pluie n’y arrivait pas, il se perdait de plus en plus dans des approximations. Le peloton arrivait droit sur lui, son avance était en train de fondre. le mécanicien, de plus en plus paniqué, vociférait des injures… Alors, finalement, voyant qu’il n’avait plus le choix, le coureur se décida à repartir avec le pneu arrière en lambeau et la jante à moitié pliée… il ne restait plus que 700 mètres avant l’arrivée; une foule amassée autours de la ligne d’arrivée l’encourageait. Dernière ligne droite : le leader en danseuse faisait avancer son vélo le mieux qu’il le pouvait, le soleil qui s’était invité entre les nuages faisait refléter des rayons sur la jante arrière du coureur qui d’un instant à un autre pouvait se briser définitivement.

Marius Mbwa était au porte de la gloire, il voyait enfin la ligne d’arrivée.

Ce jour pourtant  et comme pour les autres fois, le peloton avait franchi la ligne d’arrivée avant Marius. Il s’était alors écroulé en pleurant dans les bras de sa femme qui tenait dans ses bras son fils de façon désinvolte. Cette course fut pour Marius Mbwa la dernière, la der des ders, course dont il n’avait jamais franchi la ligne d’arrivée.

Bruno.

 

 

 

Cet article a été publié dans Saison 2 : 2016/17. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Epiphanie 2017

  1. Toujours sereinement drolatique Bruno, avec une apothéose: « il s’était écroulé en pleurant dans les bras de sa femme qui tenait dans ses bras son fils de façon désinvolte »; c’est désarmant de naturel, comment fais-tu?

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