Tâtonnement autour d’un clair de lune fugace

Au-delà des carreaux je peux apercevoir Frantz. Il vient de Meaulnes. Ou bien un autre que lui, toujours du même roman. Toujours est-il qu’il porte un bandeau taché de sang. Du moins est-ce ce que je retiens de cet épisode, et aussi que cela se passait dans le froid cristal d’une nuit ouverte à la lune. Ronde et blanche, la nuit de cette lune. Ronde et blanche la lune de cette nuit. Frantz marchait vite il me semble. C’est la musique de Debussy qui accompagne le rayon vide et cru de l’astre qui le suit, de gauche à droite comme il marche, sapé parfois par l’ombre d’un nuage et alors réapparaissant soudainement. Le disque tranche par sa clarté, bref éclair aveuglant, lame perpendiculaire où le souvenir sanglant du coucher solaire se mire en faux. En reculant sur la plage, Frantz -ou moi quelques pas en arrière des carreaux- aurait été pris à revers et rien du vide affreux de cette lumière de lune n’aurait eu prise. La Voix Lactée s’aspire elle-même et le cimeterre du rai flottant sur la mer rentre en soi-même dans l’A blanc de l’hara-kiri. Aucun clair-obscur. Que la nuit. Et la lune. Rémission. Fondu-enchaîné noir sur une réminiscence blanche et froide d’un Pierrot d’un cirque à Meaulnes. Frantz et la mer et Debussy et le cristal froid et insensible d’un astre tueur sous les paupières de la nuit seulement tranquille.

Cet article a été publié dans Saison 2 : 2016/17. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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