Il tient dans sa main, rond comme une balle…

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Il tient dans sa main, rond comme une balle, bleu en grande partie, mais de toutes les couleurs, le décrire intégralement sur un tout petit bout de papier est un jeu d’enfant, mais sans citer tous les pays qui le composent, ni les régions, ni les villes, ni les villages, ni les montagnes, ni les fleuves, ni les rivières, ni les ruisseaux, à plus forte raison, ni les lacs, ni les espaces géographiques de taille intermédiaire, ni les espaces géographiques qu’on ne peut connaître que s’ils nous sont proches, ni les bleds paumés, ni les mers, ni les océans, ni les pôles, même s’ils ne sont que deux, ni les continents, ni les îles, ni les presqu’îles, ni les isthmes, ni les canaux… il est infiniment petit, au creux de sa main, il en a fait une boule, qu’il met dans sa bouche et l’y laisse fondre, puis l’avale.

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Il tient dans la main d’un enfant, c’est le monde et en faire la description intégrale en si peu d’espace est un jeu d’adulte, rond, bleu, il ne peut que lui manquer quelques pays, ne parlons pas du reste, il en manque, il en manque, tout le monde n’est pas là, un pôle est absent, remplacé par un trou dans lequel l’enfant enfonce son crayon noir pour l’y faire tourner.

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Il tient dans sa main, petit comme un monde, petit comme un monde et pourtant si vaste, bleu en grande partie, mais pas que, il en est plutôt fier au moment de le lâcher dans le vide en lui donnant une légère rotation pour que ses habitants profitent tous du jour et de la nuit, des saisons et tout le tintouin, il tournera autour d’une boule de feu, il en est plutôt fier, bon boulot !

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Il tient dans sa main, il le regarde et les larmes lui viennent aux yeux, c’est un cadeau d’enfance que lui on fait ses parents, le monde, rien que ça, il tient dans sa main pourtant, pas rond, non, plutôt bleu, et de toutes les couleurs, il doit en manquer un peu, quelques coins perdus sans doute, il n’a pas vérifié sous le canapé, des éclats du monde tombé du meuble sur le pavé, putain de chat !

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Il tient dans sa main de propriétaire, il y a des jours où il l’anéantirait volontiers, il en a les moyens, il y a des jours où il ne l’aime pas et puis d’autres où il se dit qu’en cassant son jouet il mettrait un terme à sa propre vie, il aimerait s’en éloigner à jamais et appuyer sur le bouton rouge, pourquoi rouge, et observer le spectacle.

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Il tient dans la main d’un homme, ni bleu, ni rond, c’est pourtant un monde, le monde, son monde et son majeur s’y enfonce, y glisse, s’attarde, en sort, y rentre, en joue, c’est son monde, un monde à l’origine du monde.

E.B.

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Cet article a été publié dans 24. Microgrammes, la description intégrale du monde (20 avr. 2017). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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