Distribution

Une fois réglé, le distributeur de croquettes pour chat est autonome. La première ration est délivrée à sept heures du matin, la deuxième à midi et la troisième à dix-neuf heures. C’est un plaisir de le voir fonctionner. Je sais que s’il était filmé il offrirait dans tout son éclat, une fois vu en accéléré, la démonstration de sa précieuse mécanique _l’enchaînement linéaire d’un rythme pourtant syncopé comme la signature sonore du brio de ces appareils modernes, sophistiqués.

Les chats sont siamois. Elégants sans être précieux, de constitution fragile pour certains individus. Souvent atteints de strabisme, un tête à tête avec eux peut se révéler gênant _bien qu’avant tout leur regard est gênant et bien qu’après tout n’importe quel regard pour peu qu’il soit prolongé devient gênant, et j’ai eu l’occasion plusieurs fois avec eux de faire l’expérience du tir croisé de leurs yeux. A chaque fois qu’ils attendaient entêtés leurs croquettes.

La buanderie délimite le secteur. Au fond, le fenestron difficile à ouvrir. Le filet d’air frais quand il est ouvert balaye la longueur de la pièce. Ce sont là des objets usuels : machine à laver le linge, séchoir à linge, congélateur, lourdes formes carrées et blanches. Des fantômes égayant faiblement l’espace enténébré. Le courant d’air quand il vient à passer les effleure tous et agite mille souvenirs de la vie domestique, réveille l’idée de l’ambiance quand ils fonctionnent, et si par chance ils sont tous mis à marcher en même temps alors ça pourrait être toute une famille qui danserait tambours de machines battants.

Rien de tel qu’une porte qui se ferme violemment pour ouvrir une fenêtre. D’un autre côté de la pièce, de la maison. Les jeux amusants que se livrent les choses et d’autres, les organes entre eux du foyer. L’architecture de cette maison est dessinée par un ami qui a oublié que le sens nord-sud dans ces parages avec une telle disposition de ses huisseries la ferait claquer de tous ses membres plus souvent qu’à son tour. Alors tout se met à tourbillonner et virevolter : torchons, voilages, serviettes, bouquets de fleurs. Et même le souvenir de la peau du chat dansant dans le vent de l’arrache-coeur.

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Cet article a été publié dans Saison 2 : 2016/17. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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