L’espagnolade

(à Angelica)

 

Les abreuvoirs sont divers ; petits vases en forme de hotte où l’on met de l’eau pour les oiseaux ; auges maçonnées formant bassin pour les chevaux ; cuvettes creusées dans le tronc d’un arbre pour les vaches ou encore plates-formes surélevées mises dans le plein courant circulatoire. Le bétail vient y boire à toute heure du jour et jusque tard dans la nuit. A noter, en ce qui concerne le dernier exemple d’abreuvoir, que la soif n’est pas la motivation cardinale vu qu’on n’y propose, non pas de l’eau, mais du Pastis et très généralement dans de petits verres à étranglement appelés « mominettes », lesquels, fait exprès, n’ont pas une contenance suffisante pour y accueillir de l’eau.

L’homo festivus (cher à Philippe Muray) progresse dans la ville festivisée d’abreuvoir en abreuvoir sans manquer de saluer à grands cris d’ivrogne chaque passage des petites équipes d’ambiance battant tambour et trompettes avant que de s’échouer, à demi conscient, sur les bancs d’une gargote de trottoir qui leur servira des plats « espagnols ».

Il est notoire que les riches font la fête (entre eux) afin de dissiper ostensiblement leur surplus de richesse quand les pauvres s’enivrent (tous ensemble) afin de tenter de dissiper leur surplus de misère. Ce qui reste énigmatique ; c’est que les classes moyennes qui n’ont logiquement pas vocation « à faire la fête » s’y adonnent avec le plus d’ardeur et avec les boissons les moins sophistiquées comme s’ils se devaient de singer les pauvres (morale oblige) sans vraiment y parvenir. Probablement par manque d’entrainement.

Ainsi, sous l’effet puissant de l’alcool anisé, les bobos se transforment parfois en bonobos ; proposant leur virilité à toutes les femmes qu’ils rencontrent sur leur chemin sinueux – à moins qu’ils ne soient les premiers à vomir sur les trottoirs, perdant de toute manière la dignité à laquelle ils prétendent dans les autres circonstances de leur vie édifiante.

En vérité : « être riche » ou « être pauvre » restera pour toujours : inimitable.

Monroe.

 

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Cet article a été publié dans 28. La vérité de l'art (2 juin 17). Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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