Scudérie le ténor Italien

Un homme passant à travers quelques gouttes de pluie qui tombaient dans une fine averse vint vers moi pour se faire conseiller tandis que je fumais, un lieu de divertissement. Intrigué par son accent, après avoir considéré cette homme (il était trapu voir tassé, avait des cheveux blonds courts et des yeux bleus qui rivalisaient avec des lèvres pleine de vie) je lui répondis qu’il pouvait avoir de nombreux choix dans les boîtes de nuit. Dans la rue, très doucement, des voitures passèrent ; comme il restait là et ne bougeait pas, après avoir pris une bouffée de cigarette, je lui demandai de façon indirecte, de se présenter un peu. Le regard au sol, d’une voix neutre, il me répondit qu’il se produisait en concert au service du ténor Scudérie qu’il secondait comme premier violon, qu’il ne pouvait trouver le sommeil dans ces soirées comme celle-ci où Scudérie qui voulait un temps pour lui durant le concert l’obligeait à assurer des cadences ou l’orchestre se taisait, et lui seul, devait jouer. Comme il voyait que je m’intéressais et que je l’écoutais, il me parla ensuite de la musique en général, de son oreille absolue, de certains violonistes dont je ne connaissais pas le nom mais dont il me parla avec l’oeil brillant, visage noble. Une légère averse reprit ; il me proposa de jouer pour moi et venir l’écouter chez lui. Alors, dans sa chambre d’hôtel où je fus accueilli par un verre d’eau, après avoir allumé une petite lampe qui l’éclaira lui, son violon et un pupitre où étaient posées des partitions cornées et jaunies, qu’à la suite d’une courte inspiration il commença à passer l’archet sur les cordes du violon pour jouer, alors, de la chaise branlante où je me tenais assis j’en fus littéralement projeté contre son dossier;et par la violence de l’exécution, par la prestation qu’il me livra, je dus trouver rapidement le moyen de ne pas rentrer dans un fou rire nerveux, mais en vain, irrémédiablement. Puis, tandis qu’il continuait à jouer, une femme apparut sur le pas de la porte, surement sa femme ; elle me regarda ; baissa les yeux ; je compris alors pour moi qu’il était temps de partir, ce que je fis juste après avoir salué et remercié l’artiste.

Bruno.

Cet article a été publié dans Saison 3. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s