Proposition1

1992, 1993, 1994,1995, 1996,1997,1998,1999,2000,2001: 10 ans
Ca passe vite, tu te retournes , c’est déjà loin. Un siècle, le 20ème s’est achevé. Tu te souviens de cette excitation mêlée de craintes,cette agitation collective, ces feux d’artifice plus grands qu’à l’ordinaire. Un siècle nouveau a suivi. Nous basculait-il vers l’inconnu? la vie avait-elle changé d’allure? Un souffle, une respiration et demain était déjà là, familier.

1992 c’est le début de l’histoire, les allées venues d’un continent à l’autre, la rencontre avec le peuple de la forêt au sortir de la guerre, celle de là bas ignorée ici mais vrillée dans le corps de ces communautés paysannes calmes et laborieuses. Tu t’essaies à cette langue qui n’est pas la tienne, tu les écoutes; la leur colonisée semble avoir appris la patience de ceux qui ont peu mais en attendent beaucoup de leur dignité d’homme.
Alors tu t’embarques dans l’aventure avec eux, tu sillonnes à ton tour les chemins escarpés qu’il faut « marcher » pour connaître les racines ancestrales de ces femmes et ces hommes qui ont oublié la langue ancienne porteuse de la musique du passé, des contes et des croyances, elle a été effacée.
Alors restent les rivières en crue, le ciel violet avant l’orage, les chemins boueux pour rejoindre les villages et devant toi cette toute jeune fille qui marche abritée de la pluie une feuille de bananier au dessus de la tête. Ce chemin est une partie d’elle même et toi tu la suis essoufflée, maladroite, glissant et trébuchant, étonnée d’être là.

10 ans ce sont des chantiers, des œuvres collectives, beaucoup de paroles qui devenaient réelles dont le flot embarquait les volontés , mobilisait les désirs, désirs de vie, poussées d’intelligence, se colletant avec le poids des énormes rochers, transportés, roulés, assemblés pour ouvrir une route ce matin-là, tous les villages alentour venant prêter main forte, c’est le long chemin des promoteurs de santé jusqu’à la ville pour apprendre les techniques qui soignent, les gestes qui apaisent, une maturité progressivement acquise avec la conscience du travail accompli et plus tard dans ces communautés restaurées des enfants qui sortent de l’école et peuvent imaginer qu’ils ont un avenir.

C’est une photo dans ton bureau, de jeunes enfants encore devant la grande maison sous le manguier, le ventre ballonné des plus jeunes, des fillettes le geste protecteur sur l’épaule des plus petits, certains marchant à peine. Ils sont là dans la pièce et elles, ces petites filles au visage si sérieux, si plein d’attente, ce matin elles ont quarante ans.

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