LES ANDALOUSES

Il fallait marcher deux kilomètres dans le sable sur le coup de onze heure le dimanche en été, le long d’une plage qui ne bordait rien sinon la mer étale polissant le rivage. Ce n’était pas un littoral adossé aux terrasses ombragées des villas, c’était un horizon à l’estompe sableuse et grise, chaque moirure du sable renvoyait à son reflet percé de maigres arbustes épineux en fleurs.

Nous étions chargés de sacs à dos et de cantines, de toiles de tente rangées dans des sacs marins kakis, les enfants allaient et venaient impatients de rejoindre le petit cabanon  qui marquait la fin du voyage. Ils l’étiraient  les pieds  dans l’eau sans courir toutefois car ce parcours renouvelait chaque semaine une équipée au parfum d’aventure. Le sable brûlant entrait dans les sandales et les faisait hâter le pas vers la rive mouillée rafraichie par le ressac. Les conversations s’établissaient comme un murmure, interrompues par le souffle de la marche et l’ardeur du soleil qui brouillait un peu la vue. La silhouette du cabanon apparaissait au loin avec sa petite pergola fermée par un treillis de bois bleu fané entre les lauriers roses. Ces frêles arbustes poussés là  s’épuisaient à sonder l’humidité dans la profondeur du sable tels les modestes témoins d’une vie résiliente.

Il fallait organiser le campement, anticiper les promesses de repas dans les glacières, dresser les tables sur des tréteaux pour le repas du milieu de journée.                                       A l’écart de cette agitation, nous les enfants nous tenions assis devant le paysage immense de la mer. A quelque distance de la côte la silhouette sombre d’un cargo échoué dans la baie nous observait en silence. Nos muscles anticipaient déjà la longue traversée à la nage pour accrocher ruisselants l’échelle en partie descellée et mouvante qui offrait à nos bras un secours espéré pour un rétablissement périlleux dans les remous du courant. Allongés sur le métal brûlant, bercés par le souffle grave montant des entrailles rouillées du bateau, nous étions un éclat d’univers parmi le fracas de la mer qui engloutissait cabines et coursives. Conscients de la distance qui nous séparait du rivage, le sel et le soleil nous tiraillant la peau , nous respirions de tous nos sens la présence d’un monde plus grand que nous, les yeux perdus dans le ciel sans bords au-dessus de nos têtes.

AMC

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Un commentaire pour LES ANDALOUSES

  1. BRIGITTE BOUCHU dit :

    Qu’il est beau ce texte. Il a le goût de la mer et du soleil. Vivement un monde plus grand !

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