Suite (et fin) de « Samedi et les autres jours »

Demain…(un jour d’Avril)

Demain c’était hier ou avant hier, ou le jour d’avant, je ne sais plus. C’était un jour comme les autres depuis le temps de l’arrêt, un jour calme et flottant, légèrement incrédule. Ce jour là donc j’avais froid, je frissonnais malgré mon gros gilet. J’avais eu froid la veille, j’ai eu froid le lendemain et je me demande aujourd’hui pourquoi j’ai encore froid alors que le printemps est si doux.

Ce matin j’ai vu les canards de la Fontaine, ils étaient occupés à nettoyer leur plumage à coups de bec, des canetons duveteux dormaient sur le bord à côté de leur mère, ils étaient si enchevêtrés que je n’ai pu les compter. J’avais marché sous la pluie fine, tout était à sa place et j’avais presque chaud. Je suis passée par le square de l’empereur, les pigeons avaient investi la statue: un sur la tête, un sur la main, deux sur le bras tendu et tous les autres sur le socle, tous gris foncé avec un peu de vert ou de rose sur le cou. Il y avait trois canards au milieu des fleurs qui entourent l’auguste Romain, si près que j’aurais pu les toucher. J’aurais aimé les voir voler et se poser là.

Quand je suis rentrée chez moi, j’ai eu encore froid; pas un froid glaçant non, un froid frissonnant pas si désagréable qui m’a fait penser aux retours sur les routes de la nuit dans la voiture de mes parents…

J’y suis, je suis une enfant, je rêve.

Je rêve, assise à l’arrière dans la voiture dans la nuit frissonnante en regardant fuir le bord de la route et changer les reflets doubles, triples, faux toujours. Je frissonne de fatigue et de froid en espérant vaguement qu’on n’arrivera jamais à destination. Les platanes défilent, papa conduit, maman lui parle de temps en temps pour qu’il ne s’endorme pas. Mes frères et soeurs dorment ou rêvent comme moi.

La nuit je n’ai pas mal au coeur, l’obscurité immobilise mes hauts et mes bas. La nuit, même les odeurs de voiture disparaissent. Je rêve et je frissonne, le front collé à la vitre froide. J’écoute le chant des kilomètres. La nuit, à l’arrière de la voiture, j’ai froid, un peu froid seulement, et ça me plaît.

Aujourd’hui le froid est là, pas intense mais là; je vais marcher sur les hauteurs de la ville avant qu’il ne soit trop tard. mon sang se réchauffera, je sentirai l’odeur des lilas qui dépassent des hauts murs. Le Jardin est fermé, je le vois en haut, vide d’humains et bruissant d’oiseaux derrière sa grille fermée.

Ce froid léger et indéfinissable m’accompagne chaque jour qui fuit en glissant pour laisser place à un autre jour presque semblable, je ne sais pourquoi il ressemble au froid frissonnant de mon enfance quand la Peugeot familiale m’emportait dans la nuit.

Demain j’aurai envie, si ça se trouve, d’aller nager, de lire l’oeuvre complète de Marcel Proust ou un polar, de regarder une série idiote mais pas trop, de me mettre en colère, de m’acheter un canapé-lit car l’idée m’est venue d’avoir un lit pliable que je ne plierai peut-être pas…Mais demain ça peut être aujourd’hui ou hier, ou le jour du froid quand il ne fait pas froid, va savoir.

Demain, on s’en fout, puisque le temps ne veut rien entendre, autant y mettre un point suspendu.

(un autre jour d’Avril) Y. Siol

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