Paysage (consigne du 29 Avril) ——— simonderAlte

Page 1) – un paysage (urbain) composé – grosse influence des photos dans«  L’Oeil du consul : Auguste François en Chine, 1896-1904textes [et photogr.] d’Auguste François ; rassemblés par Pierre Seydoux »

Bientôt visible à a médiathèque

La ville chinoise

De la fontaine de Neptune aux quais, il fallait bien prévoir une vingtaine de minutes, à condition de traverser ce qu’on appelait localement la « ville chinoise ». La ville chinoise était la relique d’une place forte que des tribus résidentes avaient bâti autrefois pour sécuriser les hommes et les terres dont la vocation de potager demeurait vivante. Les matériaux nécessités pour l’édification de son remblai avaient été prélevés sur place, permettant de lui adjoindre un fossé dont l’intérêt militaire était évident. L’élévation du mur avait bénéficié d’un soin extrême, des tiges de bambous réputés imputressibles ayant été tressées pour fixer le bâtiment. Seules quelques briques vernissées bleues parcimonieusement mobilisées pour la décoration de la porte avaient été abîmées lors de la révolte des boxers dont elle fut sans doute le point d’apparition le plus distant. Elle fut vite restaurée mais avec mauvais goût. Dimensionnée pour une population abondante et sans doute dans un contexte belliqueux exigeant une certaine précipitation, les lots d’habitation avaient été élevés sans plan d’ensemble, s’écartant d’un alignement naturel ici pour se soustraire à une rigole dont l’intensité risquait de ruiner la barraque, là pour échapper aux regards plongeant des voisins qui avaient installé leur abri plus tôt et plus haut. Ces cabanes montrent un profil très homogène : un étage réservé à la chambre familiale établi sur un rez-de-chaussée peu élevé destiné en principe au rangement des outils mais utilisé le plus souvent comme débarras. Des tissages traditionnels séparent l’étage-chambre de la rue, de sorte que la rue se teint naturellement de pastel et d’indigo. Généralement, devant la maison, une bande de terre empiétant sur la voie est réservée à la cuisine et au repas. Le repas n’a pas d’heure et ceci ajoute au désordre du lieu, offrant une confusion complète que seuls déjouent les opiomanes guidés par leur manque dans ce labyrinthe.

Page 2) Guirlande d’emprunts – collages – rendre un effet

le projet : déplacements dans la ville possiblement de plusieurs personnages mais comme des calques superposés

Nevhaven possède une ville dans la ville, entourée de murailles, des remparts très épais. Localement, on l’appelle la « ville chinoise ». Nourrie des apports les plus pertinents de la poliorcétique, elle se compose d’un fossé profond et d’un remblai. Le remblai, côté intérieur et côté extérieur, est planté d’acacias. Le fossé est de broussailles, de ronces et, par places, de joncs sur des marécages. On y déverse des tombereaux d’ordures.

Bien des salles, le plus grand nombre, y servent de prison pour les politiques.

Les femmes y attendent des nouvelles, un verdict et peut-être un document ordonnant tel ou tel à se rendre à quelques places douloureuses, où les chairs se brisent sous la glace (et le voyage mon fils je l’accomplirai (ô joie) avec toi – qu’importent alors les circonstances ? ).

Nous n’y entendons rien que le bruit odieux

de la clé qui grince

et le pas lourd des soldats.

Nous nous étions levées comme pour les matines

nous avions marché dans la ville à nouveau sauvage

« Nuit, rue, réverbère, pharmacie, lumière absurde et trouble.

Nuit. Rides sur l’eau dans le canal gelé.

Pharmacie, rue, réverbère. »

Elles psalmodiaient ainsi que les pleureuses qu’autrefois, on invitait pour animer la veillée mortuaire :

« Il aimait vraiment le soleil qui, pourpre, descendait la colline,

les sentiers de la forêt, l’oiseau noir qui chantait,

et l’exubérance de la verdure » dit-elle ; quelques paroles où se tenir à l’aise malgré tout, paroles usées, paroles de circonstances, paroles de pleureuses rémunérées.

« Lorsque je t’ai rencontrée par une nuit sans étoile, perdue dans un labyrinthe obscur, mon désir fut de te guider avec ma lanterne », parole de pacte, d’entente et l’on traverse pas à pas cette ville chinoise, un labyrinthe quand passe un vent de toute beauté sur l’Enfer…

(un vent de brume à la hauteur de nos poitrines,

il suffit que nos deux seuls regards le dominent,

et le ciel au-dessus et bienheureux et clair). Là dans ce dédale des cabanes, j’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,

se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre.

Pourtant au cours de cette déambulation, Borlio me fit également passer par une rue étroite et majestueuse des vieux quartiers, que bordaient presque sans interruption la série des maisons centenaires de riches et illustres familles patriciennes. Borlio s’arrêta devant l’une de ces hautes demeures, solides et étroites, il me montra un blason au-dessus du portail et me demanda : « connaissez-vous cela ? » Enchâssé dans la maçonnerie récemment refaite, un pan de mur vétuste se dressait là gardant encore à l’un de ses angles les armes du podestat qui l’avait érigé : la marque sobre et orgueilleuse de la ville éclatait sur ce mur nu … Le zéro d’une borne milliaire. De là, on rejoint un sentier. S’éloignant du centre

un chemin de pierre pénètre dans un val rouge

le portail en sapin est recouvert de mousse

sur les marches désertes, des traces d’oiseaux.

Borlio affirma détenir des mystères encore plus grands si je voulais le suivre, et me mena jusqu’à un endroit à l’orée de la forêt appelé « Am Himmel » où la route peu large qui décrivait une vaste boucle jusqu’au château de Cobenzl découvrait sous un autre angle l’immense panorama de la plaine et, plus près au milieu des vignes, le fier bâtiment de l’académie qu’on avait le privilège d’habiter.

Mais ici, me dit le receveur, ricanant comme quelqu’un qui hésite,

c’est ici qu’on met les politiques.

Murailles pénitentiaires révélées, immeubles nobiliaires exposés, il m’était étrange d’apprendre comment se présentaient les lieus qui ranimaient ces noms sur la carte géographique qui provenaient de la courte histoire des chercheurs d’or de la région (« la Forge du Mirage », « le lac du Fiasco », « la colline des Pieds-Gelés », « le Ruisseau du Demi-Dollar », « l’île du Bluff » ou bien ce n’était que de simples chiffres, tels que « lac des Six-Milles » avant le « lac des Neuf-Milles » derrière le marécage des « Quatre-vingts milles ».

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Les emprunts :

Des remparts très épais entourent la ville de Brest. Ils se composent d’un fossé profond et d’un remblai. Le remplai, côté intérieur et côté extérieur, est planté d’acacias. Le fossé est de broussailles, de ronces et, par places, de joncs sur des marécages.On y déverse des tombereaux d’ordures.

J.GENET – querelle de brest / gallimard, page 255

Nevers est une ville entourée de murailles.

M .DURAS – Hiroshima mon amour

Nuit, rue, réverbère, pharmacie, lumière absurde et trouble.

Nuit. Rides sur l’eau dans le canal gelé.

Pharmacie, rue, réverbère.

BLOK – Danses de la mort /poesie gallimard

Nous n’entendons rien que le bruit odieux

de la clé qui grince

et le pas lourd des soldats.

Nous nous étions levées comme pour les matines

nous avions marché dans la ville à nouveau sauvage

A.AKHMATOVA – Requiem /pg

Il aimait vraiment le soleil qui, pourpre, descendait la colline,

les senties de la forêt, l’oiseau noir qui chantait,

et l’exubérance de la verdure.

G.TRAKL – chant pour Gaspard Hauser / rêve et folie. / Ed. Héros – Limite

Lorsque je t’ai rencontré par une nuit sans étoile, perdu dans un labyrinthe obscur, mon désir fut de te guider avec ma lanterne.

R. TAGORE – La Fugitive – l’âme des paysages / Gallimard

Il passe un vent de toute beauté sur l’Enfer…

(un vent de brume à la hauteur de nos poitrines,

il suffit que nos deux seuls regards le dominent,

et le ciel au-dessus et bienheureux et clair)

P. DE LA TOUR DU PIN – Une somme de poésie / Gallimard

J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés hystériques nus,

se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre,

initiés à tête d’ange

A. GINSBERG – Howl / Christian Bourgois éditeur

Au cours de cette promenade, Tito le fit également passer par une rue étroite et majestueuse des vieux quartiers, que bordait presque sans interruption la série des maisons centenaires de riches et illustres familles patriciennes. Tito s’arrêta devant l’une de ces hautes demeurs, solides et étroites, il lui montra un blason au-dessus du portail et lui demanda : « connaissez-vous cela ? »

H.HESSE – le jeu des perles de verre / Calmann-Lévy

Enchâssé dans la maçonnerie récemment refaite, un pan de mur vétuste se dressait là gardant encore à l’un de ses angles les armes du podestat qui l’avait érigé : la marque sobre et orgueilleuse de la ville éclatait sur ce mur nu …

J.GRACQ – le rivage des Syrtes / Jose Corti

Rendant visite à un moine et ne le trouvant pas

Le chemin de pierre pénètre dans un val rouge

le portail en sapin est recouvert de mousse

sur les marches désertes, des traces d’oiseaux.

LI-PO –

Le plus imposant dans cette demeure si belle en elle-même était qu’elle se situait à égale distance du terminus du tram 38 à Grinzing et de la forêt qui s’étend plus haut.On pouvait ainsi choisir soit de remonter entre de modestes villas la seconde moitié de la Himmelstrasse jusqu’à un endroit à l’orée de la forêt appelé « Am Himmel », soit de suivre, si l’on n’avait pas envie de forêt, la route peu large qui décrivait une vaste boucle jusqu’au château de Cobenzl où l’on découvrait sous un autre angle l’immense panorama de la plaine et, plus près au milieu des vignes, le fier bâtiment de l’académie qu’on avait le privilège d’habiter.

E.CANETTI – Histoie d’une vie – jeux de regards / AlbinMichel

Les rares noms sur la carte géographique provenaient ou bien de la courte histoire des chercheurs d’or de la région (« la forge du mirage », « le lac du fiasco », « la colline des Pieds-gelés », « le ruisseau du demi dollar », « l’île du bluff » ou bien ce n’était que de simples chiffres, tels que « lac des six-milles » avant le lac des Neuf-Milles » derrière le marécage des Quatre-vingts milles. »

P.HANDKE – le lent retour / récit Gallimard

Mais ici, me dit le receveur, ricanant comme quelqu’un qui hésite,

c’est ici qu’on met les politiques.

T.TRANSTRÖMER – Baltiques / poesie-gallimard

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