Lampadaire

A côté de chez moi, au coin de la rue il y a un lampadaire qui éclaire une nuit sur 2 ou 3, je ne suis pas allée vérifier mais il m’arrive parfois de rentrer tard et j’observe qu’il est souvent éteint et quand il est allumé il clignote avec des pauses laissant craindre une extinction prochaine qui ne s’est jamais produite. Je ne suis pas toujours d’humeur ou tout simplement disponible pour observer son aura lumineuse aléatoire, mais quand c’est le cas je m’interroge. Le phénomène est ancien, à présent intégré dans le paysage. Mes voisins ne sont pas particulièrement mobilisés par la sécurité nocturne du quartier, cependant je m’étonne que le clignotement du lampadaire et ses absences n’aient pas fait l’objet d’une interpellation des services municipaux et qu’il continue à nous faire de l’œil indifférent aux normes de l’éclairage public. Eux ne m’en ont jamais parlé et les fois où je l’ai évoqué personne ne semblait s’en être aperçu. Face à ce détachement j’ai un moment pensé que j’avais rêvé. Mais non deux nuits plus tard il s’est de nouveau manifesté. Souhaitant éclairer à mon tour ce mystère j’ai pensé, les pensées nous racontent parfois de drôles de choses, que j’étais peut-être la seule à laquelle il réservait ses espiègleries, qu’il me livrait peut-être un message codé venu d’ailleurs ou qu’il se sentait à l’étroit planté dans le bitume et qu’il cherchait de l’aide pour s’échapper. je me suis dit aussi que j’étais peut-être paranoïaque me sentant élue et obligée d’interpréter les signes venus d’un lampadaire fusse-t-il il fantasque. A dire vrai c’est plutôt l’évènement minuscule de ce bégaiement lumineux qui a sollicité mon attention, réveillé mon imagination grâce à un petit ratage connu de moi seule. J’ai pensé me réveiller et sortir dans la rue la nuit, écouter le silence et lever les yeux vers mon sémaphore pour découvrir ses existences secrètes et les variations nocturnes de son alphabet lumineux. je ne l’ai pas fait, redoutant de rompre à jamais le charme par une trop grande assiduité, une insistance coupable diluant l’effet de surprise qui m’avait conduite à cet échange inédit . Il n’a pas la présence tutélaire d’un vieux platane projetant son ombre fraîche sur la façade de la maison, le jour il passerait inaperçu, du béton moulé à hauteur de regard planté à distance régulière de ses voisins, mais la nuit sa présence erratique a installé dans les méandres du temps une butée en forme de sourire qui un instant a ralenti mon pas.                                                                                                                                                                                                                                                                             AMC

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