Ostensoir

simon der Alte

A cette époque, les rues ont encore un éclairage chiche, témoignage de l’indifférence des autorités pour les résidents de ces quartiers populaires. De simples ampoules aux carrefours, alimentées par tout un réseau de fils, diffusent une lumière jaunasse, comme filtrée par la poussière des rues, des chauffages, des terrils. Le passage, rare, d’une voiture lève des ombres dans les voies couvertes : ces mouvements contre les murs ne donnent pourtant pas le sentiment d’une chose vivante qui serait tapie là. Des formes incertaines se mêlent, maintenues plus longtemps ici où l’ampoule est grillée. On sent des spectres tourmentés cherchant à fuir en glissant autour des immeubles décrépis. De temps à autre, une charrette grinçante que tire un âne approche, possiblement un poissonnier qui se rend à la criée. Puis peu à peu, quelques remuements naissent, ne durent pas mais se révèlent plus fréquents, plus nombreux, plus semblables. On entend des clés heurter des serrures, lourdes, dégageant un sentiment de sécurité en raison de leur poids : on a tant d’attaches à ses biens quand ses biens sont si rares.

On a pourtant envie de faire entendre tout cela. Il y a là, derrière ces murs, des moments de grâce, des soupirs, des corps qui s’enlacent, qui font la vie riche, des moments de désespoir aussi, de honte, d’abandon, des temps de ressentiments, qui font la vie noire et jaune. On a pourtant envie de faire entendre ces silences, ce déversement de rêves au moment de franchir le pas de la porte, de joindre la brigade du matin avec une musique qui vous emporte, un air de lendemains qui chantent que l’on se répète tout bas.

A-t-il plu ? Des théories de nuages se sont dispersés. Des flaques grisâtres subsistent. Formées entre les pavés, soumises au soleil levant, elles délivrent des pépites d’or. Les galets les organisent en fins ruisselets où un ciel pâle et apaisé se reflète, charriant ici un bouquet de feuilles mortes, là comme la crinière de chevaux nombreux : entendez vous le heurt de leurs sabots contre les pierres rondes et lisses des calades ?

Qui, sans volonté de nuire, pénètre dans l’ombre, se répand en particules de lumière. La route que maintenant l’on emprunte plonge sans recours dans le soleil.

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