L’explosion

L’homme venait de sortir de la librairie quand il entendit une forte détonation qui secoua la porte vitrée qu’il venait de franchir. Il se tourna dans la direction d’où lui semblait venir le bruit et découvrit sur le trottoir des hommes et des femmes se tenant comme lui figés dans une position d’attente regardant dans la même direction, le visage inquiet. Après ce moment de sidération, chacun interrogea du regard son voisin cherchant sans doute une réponse à cet évènement inouï. Il observa à quelques pas de lui une jeune fille serrée dans un long manteau noir, les cheveux lâchés sur les épaules qui semblait s’agripper à la bandoulière de son sac, immobile, le regard perdu. Les passants avaient repris pour la plupart leur marche. Certains restaient sur place se rapprochant par petits groupes, commentant l’évènement, rassurés par la présence des autres. La jeune fille ne bougeait pas, semblait regarder le vide, il crut percevoir qu’elle tremblait. Il se rapprocha, la regarda un peu à distance craignant de l’effrayer. Elle semblait ne pas le voir ni la réalité qui l’entourait, absente et toute entière raidie et comme fichée dans le sol. Sentant son désarroi il s’approcha un peu plus et lui dit en adoucissant sa voix:  » Ca va? » Elle sursauta semblant sortir d’un horizon lointain et se mit à pleurer sans bruit, les mains toujours agrippées à la bandoulière de son sac, dans une fixité douloureuse. « Je peux vous aider? » dit l’homme. Elle ne tourna pas son regard vers lui et il pensa que c’était comme si ses mots s’adressaient à quelqu’un d’autre. Il en fut ému et regarda pour la première fois son visage. Elle était très jeune presqu’encore une enfant. Il s’autorisa alors à lui toucher la main, elle le regarda pour la première fois .Il fut secoué par ce regard coupant empli d’une terreur cherchant à se communiquer puis soudain il vit son regard se voiler et eut juste le temps de la rattraper par la taille et de la tenir un moment  appuyée contre lui. Quelques pas sur le trottoir et il entra avec elle dans un magasin tout proche. L’une des vendeuses qui avait vu la scène proposa un fauteuil où la jeune fille accepta de s’asseoir le bras de l’homme toujours posé sur son épaule. Elle semblait retrouver ses esprits, regarda autour d’elle, esquissa un sourire comme un réflexe poli à l’égard de l’homme et de la vendeuse. Elle voulut se relever quand un garçon entra en courant dans le magasin et s’adressant à la vendeuse qu’il semblait bien connaître, lui raconta qu’il venait du quartier des Halles, qu’une explosion avait dévasté la façade et fort heureusement pas fait de victimes, les échoppes étant fermées au public l’après midi. Acte criminel ou explosion d’une bonbonne de gaz, on ne savait pas, la police municipale était sur place et avait sécurisé les lieux. L’homme ne sut pas si la jeune fille avait entendu le récit du témoin. Elle se releva et se tournant vers lui, le remercia et lui  signifia qu’il pouvait ôter sa main de son épaule, qu’elle se sentait mieux et qu’elle voulait rentrer chez elle. Il lui proposa de la raccompagner. Elle déclina son offre reprenant ses distances. Il renouvela son offre inquiet de la laisser partir seule. Elle refusa, paraissant s’agacer de son insistance et d’un pas pressé sortit du magasin sans se retourner. L’homme l’observa un moment pour s’assurer qu’elle était de nouveau en état de marcher, il la vit s’éloigner rejoignant la foule des passants, traverser le boulevard, tourner au coin de la rue en face et disparaitre.

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