Sur le boulevard qui descend au port…..

Sur le boulevard qui descend au port, sur le plateau tout en haut de la ville, au milieu de la circulation dense à cette heure et au péril de sa vie, un homme a mis pied à terre. Il a sauté de sa charrette bousculant au passage le cheval gris attelé entre des brancards trop larges pour lui. Ses côtes saillantes semblent crever ses flancs. Arrêté au milieu de la route, sa tête frôle le sol, ses naseaux flasques pompent l’air, la croupe maigre, affaissée il chancelle. L’homme lui assène de violents coups de bâton, absent à ce qui se passe autour. Les voitures klaxonnent , déboitent les évitant de justesse, le vacarme est terrible décuplant la terreur de l’homme et son acharnement insensé à faire bouger l’animal. Ils sont tous les deux d’un autre âge, cramponnés l’un à l’autre dans un ballet funeste. Chaque semaine ils partent du village à quelques kilomètres de là pour rejoindre le port et charger des caisses d’olives et de harengs entreposées dans le hangar des salaisons tout au bout du quai des marchandises. L’homme ne comprend pas ce cheval subitement arrêté qui ne réagit plus à la violence de ses coups, il vocifère incrédule, le bâton battant la cadence du désespoir. Le cheval bascule sur le côté, sa tête s’entrave dans les bras de la charrette, ses pattes soulevées dans l’air sont agitées d’effrayants soubresauts. L’homme a lâché le bâton, il tente de redresser l’épaule affaissée de l’animal contre son dos arcbouté. Ils ne font qu’un, scellés dans un même sort sur l’asphalte graisseuse. Le cheval s’effondre glissant sous la charrette entraînant dans sa chute l’homme, son maître. Des voitures s’arrêtent entourant la scène, protégeant homme et cheval de l’impact de la circulation. Un passager est descendu d’une voiture arrêtée au milieu de la route, il fait de grands signes pour prévenir du danger et dévier la circulation des véhicules qui arrivent à toute vitesse. Ils ralentissent au passage, les passagers observent du coin de l’œil cette scène anachronique. L’homme s’est relevé, il hoche la tête, il cherche des yeux son bâton tombé au sol, désorienté. Le conducteur d’une SIMCA est sorti de sa voiture et s’est avancé vers lui. Il lui a touché l’épaule, lui a dit  quelques mots. Il est beaucoup plus grand et doit se baisser pour s’adresser à l’homme qui semble s’être réduit dans ses hardes poussiéreuses. Il s’incline, une main sur la poitrine, remercie, baisse la tête et montrant de la main son cheval à terre, il retire sa chéchia, la tient pendante au bout de son bras découvrant sa tête nue et l’étendue de son malheur.

t ‘

Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s