Alors que le soleil tel un gigantesque gyrophare…

Alors que le soleil tel un gigantesque gyrophare enflammait tout autour de moi, j’attendais mon heure. Après une brève réunification, certains de la tribu qui m’avaient fait captif commençaient à entonner une chanson en mélangeant les graves, pour faire ressortir les voix plus aiguës et reprirent une mélodie connue chez nous tout en chantant dans un dialecte incompréhensible. La cheffe sortit et tous s’arrêtèrent ; elle n’avait qu’un voile pourpre qui lui couvrait le corps. Sa tribu vint m’emmener devant elle et comme hier pendant le temps où l’on torturait à mort mon guide Simba, elle s’agenouilla pour me regarder.

BrunoIMGP8394

Publicités
Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Il tient dans sa main, rond comme une balle…

IMGP8396

Il tient dans sa main, rond comme une balle, bleu en grande partie, mais de toutes les couleurs, le décrire intégralement sur un tout petit bout de papier est un jeu d’enfant, mais sans citer tous les pays qui le composent, ni les régions, ni les villes, ni les villages, ni les montagnes, ni les fleuves, ni les rivières, ni les ruisseaux, à plus forte raison, ni les lacs, ni les espaces géographiques de taille intermédiaire, ni les espaces géographiques qu’on ne peut connaître que s’ils nous sont proches, ni les bleds paumés, ni les mers, ni les océans, ni les pôles, même s’ils ne sont que deux, ni les continents, ni les îles, ni les presqu’îles, ni les isthmes, ni les canaux… il est infiniment petit, au creux de sa main, il en a fait une boule, qu’il met dans sa bouche et l’y laisse fondre, puis l’avale.

         *          *          *

Il tient dans la main d’un enfant, c’est le monde et en faire la description intégrale en si peu d’espace est un jeu d’adulte, rond, bleu, il ne peut que lui manquer quelques pays, ne parlons pas du reste, il en manque, il en manque, tout le monde n’est pas là, un pôle est absent, remplacé par un trou dans lequel l’enfant enfonce son crayon noir pour l’y faire tourner.

 *          *          *

Il tient dans sa main, petit comme un monde, petit comme un monde et pourtant si vaste, bleu en grande partie, mais pas que, il en est plutôt fier au moment de le lâcher dans le vide en lui donnant une légère rotation pour que ses habitants profitent tous du jour et de la nuit, des saisons et tout le tintouin, il tournera autour d’une boule de feu, il en est plutôt fier, bon boulot !

 *          *          *

Il tient dans sa main, il le regarde et les larmes lui viennent aux yeux, c’est un cadeau d’enfance que lui on fait ses parents, le monde, rien que ça, il tient dans sa main pourtant, pas rond, non, plutôt bleu, et de toutes les couleurs, il doit en manquer un peu, quelques coins perdus sans doute, il n’a pas vérifié sous le canapé, des éclats du monde tombé du meuble sur le pavé, putain de chat !

 *          *          *

Il tient dans sa main de propriétaire, il y a des jours où il l’anéantirait volontiers, il en a les moyens, il y a des jours où il ne l’aime pas et puis d’autres où il se dit qu’en cassant son jouet il mettrait un terme à sa propre vie, il aimerait s’en éloigner à jamais et appuyer sur le bouton rouge, pourquoi rouge, et observer le spectacle.

 *          *          *

Il tient dans la main d’un homme, ni bleu, ni rond, c’est pourtant un monde, le monde, son monde et son majeur s’y enfonce, y glisse, s’attarde, en sort, y rentre, en joue, c’est son monde, un monde à l’origine du monde.

E.B.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | Laisser un commentaire

La ruelle s’insinue entre les murs

IMGP8393La ruelle s’insinue entre les murs gris, vide, silence.

Il est midi. Par delà un mur de pierres sèches un soleil franc vient envahir le sommet d’un acacia. Sa pleine floraison est une masse d’ocre et de blanc que le vert malmène et fait pleuvoir. La lumière est telle que de l’or scintille … La rue s’assombrit, le regard suit la chute des pétales.

A.D.

Publié dans Saison 2 : 2016/17, Uncategorized | Laisser un commentaire

Après dilatation…

IMGP8391Après dilatation les contractions commencèrent dans le corps de la femme

le vent soufflait et gémissait sur les vagues qui allaient et venaient

l’enfant nu poussa un cri et délivra la mère

Une mouette traversa le ciel, d’autres suivirent

*          *          *

Comment pourrais-je décrire la destruction du monde : les arbres abattus le béton qui s’étale les aliments falsifiés l’eau polluée. Non pas d’inventaire.

Le monde est ce qu’il est

décevant.

J.B.

IMGP8388

Publié dans Saison 2 : 2016/17, Uncategorized | Laisser un commentaire

Magnifiques douceurs printanières

Magnifiques douceurs printanières s’é… Terre et mer, dans un silence continu, l’aube se déclinait rose, bleutée, striée, émue. Puis venait derrière la colline un bel orange vif du soleil matinal. Imperceptiblement cet orangé fugace venait se noyer au delà de la vaste étendue d’eau. Les tâches des massifs s’éclairaient en bouquets verts clairs. Le vent à l’unisson faisait danser les feuilles. Sa majesté soleil enfin apparaissait. depuis l’éternité encore il s’imposait. Le miroir du ciel englouti sous les eaux nous appelait à rester immobiles un instant.

A.C.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | Laisser un commentaire

Partie d’échecs

Monsieur cumule. Tendance à l’arrogance. Propension au caprice. Disposition à l’absence d’attention pour l’autre. Volonté d’imposer sa volonté. Il dit « Toi je t’achète ! ». Il dit « Tu vas faire l’expérience de mon vécu ». Je refuse la première offre. En un premier temps. Il n’entend pas ma parole. Incapacité à accepter le refus de l’autre. A sa deuxième proposition, j’argue que je ne peux expérimenter son passé. Il balaie mon avis du revers de la main. Refuse de négocier. Discussion contradictoire impossible. Si nos débats, qui n’en sont pas, concernaient aussi un tiers, Monsieur se tournerait vite vers lui pour imposer ses choix sans en passer par la contradiction. Monsieur aime qu’on obtempère. Il a le style des dictateurs. Je lui oppose les articles de notre contrat. Il entre en lui-même, outragé. Pour peu que je tienne bon, il remercie, l’air pincé. Je fais sortir l’animal par la porte. Il entre par où vous savez. Sa volonté ne se discute pas. Monsieur est de la caste de ceux qui ordonnent. Le dialogue ? Tout juste bon pour les démocrates. L’argent… L’argent simplifie tout. Il décide, l’argent nécessaire à la réalisation du projet lui permet d’agir. Qui pourrait s’opposer à cette réalité ? C’est ainsi que l’entend Monsieur. La lutte des classes, dont on peut discuter le bien-fondé, n’est pas advenue sans raison.
Monsieur a toutes sortes de projets pour moi, depuis qu’il me possède, il ne conceptualise qu’autour de ma personne, soit, il est dans son droit, et comme il paie très cher pour jouir de son bien, il va de soi que, dans son esprit, je dois donner de ma personne, il le dit lui-même, il m’a acheté pour ça, je n’invente rien, et je me trouve régulièrement convié à diverses expériences, la pire n’étant pas, étant peut-être, je ne sais plus à la fin, celle qui m’impose de revivre le passé de Monsieur avant de le transcrire dans un écrit autobiographique discutable, dont je me demande si le fond envisagé par « son auteur » n’est pas plutôt hagiographique, non je ne me le demande pas, je le sais, et mes tentatives rebelles de ne pas tomber si bas dans le récit de sa mouvementée existence se heurtent sans cesse à ses récriminations, à ses ses retours sans discussion de textes retoqués, à revoir, retravailler, récrire dans un esprit moins cynique, plus enthousiaste, ce sont ses termes, car fâché, Monsieur, tombant de haut, se plaint, me trouvant moins bon styliste qu’espéré, attendant de moi d’être plus souple de la plume, moins distancié dans le récit de sa vie, et il impose ses caprices, m’ordonne de vivre sa rencontre avec Madame, ils se sont trouvés dans une orgie, avant de la coucher sur le papier, mais Madame est aujourd’hui un peu âgée pour jouer son propre rôle, je le lui objurgue, il se rembrunit, je taquine, une actrice ressemblant à Madame jeune rendrait l’illusion parfaite, il ne sourit pas, s’exaspère, je lui relis l’article de notre contrat stipulant que l’usage de mon corps à des fins sexuelles est interdit, il en appelle à des arguments littéraires fallacieux, et quand, noyons ici dans une ellipse salvatrice la rencontre de Madame et Monsieur lors d’une orgie revécue par mes soins, l’expérience et son écriture suffisant bien, je lui rends ma copie en lui renvoyant la narration d’un fiasco sexuel et de performances d’amant en déroute, bien inférieures à ses prouesses érotiques, il entre dans une colère de vieillard dont les années de vie n’ont pas donné accès à la sagesse, je me prête une fois encore à ses lubies les plus enfantines mais sans toutefois abonder dans son sens, j’aimerais tant lui faire prendre un peu de recul, mais l’apprentissage de la frustration et de l’humour n’est sans doute plus de son âge et n’a sans doute jamais été de son tempérament, je reprends plus de vingt fois cette scène, elle ne flatte pas son ego, le livre avance à un rythme d’une lenteur incroyable, et lui s’emporte, ne renonçant jamais à me contraindre à entrer dans le moule prévu à mon usage, c’est son livre, il m’a acheté pour cela, entre autres fariboles, et nous nous amusons comme des fous à ce jeu d’opposition, il a souvent le dernier mot, je lui rappelle l’article qui interdit l’atteinte à ma liberté, c’est lui le guide dans ce travail, mais c’est moi la cheville ouvrière et son vécu vécu par moi devient mien, après tout, le livre n’en serait que plus riche, s’il le voyait ainsi, et si sa vie revécue ne se faisait pas passer pour sa vie, je lui en donne pour son argent, après tout, je ne rechigne pas à la tâche, qu’a-t-il à se plaindre, un valet obéissant le satisferait-il mieux, le contrat ne prévoit pas cela, Monsieur se retire dans un long mutisme, il reviendra à la charge, je le sais.

E.B.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | 1 commentaire

Goût de matité

Dans le bureau traîne l’iPad du gosse. L’idée, je vais la trouver là. Allumer, toucher, choisir la recette, suivre les indications. On m’a demandé du fenouil. Le nom du légume m’a séduit, son côté familier, quotidien. C’est bien de s’inscrire dans le temps du foyer. J’ai le temps. Du temps. Je regarde l’heure, j’ouvre deux placards, entrebâille la porte du réfrigérateur. J’ai les ingrédients. Enfin, je les ai si je fait les fenouils à la vapeur, bien sûr. J’ajoute des pommes de terre, des carottes aussi pourquoi pas. Un légume et un autre et tout s’enchaîne dans le faitout. J’entends déjà les glouglous de l’eau qui bout, la vapeur qui s’élève et cherche à s’échapper. Il faudra que je pense à la hotte pour les odeurs. Après tout j’aime bien cette idée de cuisiner pour une fois. Il ne fait pas chaud dehors mais j’ouvre la porte-fenêtre. Le lecteur de CD affiche la moitié du temps du morceau. Une version de l’adagio d’Albinoni, je ne sais plus laquelle. Ça veut dire que tout sera prêt. Des branches de forsythia sont mises à fleurir dans un vase par-terre près de la porte. Je n’avais jamais remarqué ce sens de la décoration, de la mise en scène. C’est un vase en céramique, cuit à 1200 °C, orné d’engobes. Le temps a passé plus longtemps, le CD a été joué plusieurs fois. Je me rappelle soudainement qui a fabriqué ce vase. Un regard au réveil quand je me tourne une énième fois dans mon lit m’apprend qu’il est 3 heures du matin. C’était hier. C’est le printemps.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | 1 commentaire

Au doigt et à l’oeil

Forcément, ça a été regardé, observé. Après, faut bien s’y coller et faire que ça obéisse. Au doigt et à l’œil. Au doigt, déjà, oui ! Levé, s’interrogeant, immobile, statufié, sur le qui-vive prêt depuis toujours à affûter l’émotion. Alors après c’est à l’œil. Pas s’y mettre le doigt, hein. Bon, ça c’est de l’humour. Mais j’y reviens : combien les yeux sont importants ! L’œil ! L’œil reflète le doigt inspiré et suit la trajectoire verticale descendante, ramène au sol ce qu’il a été chercher. C’est à partir de là, dans le chahut de l’émotion, que toute la main y passe. Et bien entendu c’est l’ensemble de tous les doigts, et pas d’abord l’un puis l’autre, hein, mais tous qui d’un coup et d’un seul plongent comme un seul. On peut dire à ce point que l’œil a la main, au début qui regardait et observait. Mais quand-même… Parce que, après qu’il a suivi le plongeon de celle-là, faudrait-il s’attendre à un charivari, un mélange, une danse endiablée de ses soldats _index, majeur, etc_ ou à la supination globale qui accueillera, recueillera le magma, le tout informe à mettre debout ? Et paf, c’est la main-baleine, la palme-dauphin, la paume-orque parce que non, ça n’est pas rien de récidiver avec le réel, d’en remettre encore sous le regard démiurgique _tant à la fin c’est lui qui aura entendu, appréhendé, compris ce tout qui était en jeu et où il fallait mettre les doigts et se faire obéir d’eux. La main Une à partir de doigts qui veulent être autonomes mais qu’on arrime à la scansion de ce qu’on martèle pour naître à soi, n’être qu’un. Hein ? Oui, bien, on laisse à la facilité le soin de réduire un génie quel qu’il soit au doigt et à l’œil, évidemment.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | Laisser un commentaire

Un horizon au(x) jardin(s)

Il s’agit pour cette pièce de terre ovale, plantée d’un mûrier-platane et de deux hortensias, d’en arranger le dessin en en retraçant d’abord le contour, en-deçà et au-delà de sa périphérie définie par une ligne de pierres d’inégales grosseurs. Ce découpage dans la pelouse, opéré par le désherbage de deux lés de dix centimètres, fera déjà mieux contraster les formes (l’ovale au sein du rectangle de la pelouse). Ensuite, il faut que la terre de ce massif soit vue noire, c’est à dire qu’on en ôtera toutes feuilles, herbes ou bois morts qui la cachent. Orienté plein sud, le mûrier-platane permet que dans son ombre prospèrent les hortensias. D’autres plantes y seront ajoutées, mais cette fois l’on portera son choix sur des végétaux résistant au plein soleil _car l’on débordera largement la limite de la frondaison de l’arbre, ce qui pour finir amènera à la zone aride et sèche qui jouxte l’allée dite ouest. Alors oui, l’on préférera les lavandes aux fleurs papillon, les gauras blanches et rose, et peut-être le rudbeckia à grosse fleur jaune. L’on s’assurera à la fin que le travail a été bien fait, que le contraste est net et franc, les végétaux ordonnés dans les couleurs choisies. Madame vous en saura gré.

*

Que l’on s’approche un peu de l’allée blanche, celle du couchant où tant de soleils se sont éteints derrière les tilleuls, et l’on remarque immédiatement ce grand arbre noble, un mûrier-platane à l’ombre généreuse et qui pourtant bien sûr, fatalement, s’achève et s’évapore dans un plein sud où l’on voudra que le bleu des lavandes papillon, les tâches rose et ivoire des gauras tempèrent tout ce trop chaud de l’aveuglant midi tout en lui tenant tête, avec à leur proue le soleil jaune du rudbeckia. Ce chatoiement fleurira dans l’écrin de la terre noire d’un massif dont on devinera qu’une main experte l’aura expressément dessiné dans ses frontières de pierres, pour le plus grand plaisir des yeux, à savoir que l’on comprendra facilement l’intention d’un rehaussement des contrastes des formes et des couleurs, et que dans cette harmonie on aura espéré que se répondent la tendresse des hortensias emmitouflés d’ombre et le calme sérieux du vert dense du gazon alentour. Et tout cela chantera, sera serein et clair dans le contentement de Madame, grâce à vous.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | Laisser un commentaire

Tâtonnement autour d’un clair de lune fugace

Au-delà des carreaux je peux apercevoir Frantz. Il vient de Meaulnes. Ou bien un autre que lui, toujours du même roman. Toujours est-il qu’il porte un bandeau taché de sang. Du moins est-ce ce que je retiens de cet épisode, et aussi que cela se passait dans le froid cristal d’une nuit ouverte à la lune. Ronde et blanche, la nuit de cette lune. Ronde et blanche la lune de cette nuit. Frantz marchait vite il me semble. C’est la musique de Debussy qui accompagne le rayon vide et cru de l’astre qui le suit, de gauche à droite comme il marche, sapé parfois par l’ombre d’un nuage et alors réapparaissant soudainement. Le disque tranche par sa clarté, bref éclair aveuglant, lame perpendiculaire où le souvenir sanglant du coucher solaire se mire en faux. En reculant sur la plage, Frantz -ou moi quelques pas en arrière des carreaux- aurait été pris à revers et rien du vide affreux de cette lumière de lune n’aurait eu prise. La Voix Lactée s’aspire elle-même et le cimeterre du rai flottant sur la mer rentre en soi-même dans l’A blanc de l’hara-kiri. Aucun clair-obscur. Que la nuit. Et la lune. Rémission. Fondu-enchaîné noir sur une réminiscence blanche et froide d’un Pierrot d’un cirque à Meaulnes. Frantz et la mer et Debussy et le cristal froid et insensible d’un astre tueur sous les paupières de la nuit seulement tranquille.

Publié dans Saison 2 : 2016/17 | Laisser un commentaire