Après dilatation…

IMGP8391Après dilatation les contractions commencèrent dans le corps de la femme

le vent soufflait et gémissait sur les vagues qui allaient et venaient

l’enfant nu poussa un cri et délivra la mère

Une mouette traversa le ciel, d’autres suivirent

*          *          *

Comment pourrais-je décrire la destruction du monde : les arbres abattus le béton qui s’étale les aliments falsifiés l’eau polluée. Non pas d’inventaire.

Le monde est ce qu’il est

décevant.

J.B.

IMGP8388

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Publié dans 24. Microgrammes, la description intégrale du monde (20 avr. 2017), Uncategorized | Laisser un commentaire

Magnifiques douceurs printanières

Magnifiques douceurs printanières s’é… Terre et mer, dans un silence continu, l’aube se déclinait rose, bleutée, striée, émue. Puis venait derrière la colline un bel orange vif du soleil matinal. Imperceptiblement cet orangé fugace venait se noyer au delà de la vaste étendue d’eau. Les tâches des massifs s’éclairaient en bouquets verts clairs. Le vent à l’unisson faisait danser les feuilles. Sa majesté soleil enfin apparaissait. depuis l’éternité encore il s’imposait. Le miroir du ciel englouti sous les eaux nous appelait à rester immobiles un instant.

A.C.

Publié dans 24. Microgrammes, la description intégrale du monde (20 avr. 2017) | Laisser un commentaire

Partie d’échecs

Monsieur cumule. Tendance à l’arrogance. Propension au caprice. Disposition à l’absence d’attention pour l’autre. Volonté d’imposer sa volonté. Il dit « Toi je t’achète ! ». Il dit « Tu vas faire l’expérience de mon vécu ». Je refuse la première offre. En un premier temps. Il n’entend pas ma parole. Incapacité à accepter le refus de l’autre. A sa deuxième proposition, j’argue que je ne peux expérimenter son passé. Il balaie mon avis du revers de la main. Refuse de négocier. Discussion contradictoire impossible. Si nos débats, qui n’en sont pas, concernaient aussi un tiers, Monsieur se tournerait vite vers lui pour imposer ses choix sans en passer par la contradiction. Monsieur aime qu’on obtempère. Il a le style des dictateurs. Je lui oppose les articles de notre contrat. Il entre en lui-même, outragé. Pour peu que je tienne bon, il remercie, l’air pincé. Je fais sortir l’animal par la porte. Il entre par où vous savez. Sa volonté ne se discute pas. Monsieur est de la caste de ceux qui ordonnent. Le dialogue ? Tout juste bon pour les démocrates. L’argent… L’argent simplifie tout. Il décide, l’argent nécessaire à la réalisation du projet lui permet d’agir. Qui pourrait s’opposer à cette réalité ? C’est ainsi que l’entend Monsieur. La lutte des classes, dont on peut discuter le bien-fondé, n’est pas advenue sans raison.
Monsieur a toutes sortes de projets pour moi, depuis qu’il me possède, il ne conceptualise qu’autour de ma personne, soit, il est dans son droit, et comme il paie très cher pour jouir de son bien, il va de soi que, dans son esprit, je dois donner de ma personne, il le dit lui-même, il m’a acheté pour ça, je n’invente rien, et je me trouve régulièrement convié à diverses expériences, la pire n’étant pas, étant peut-être, je ne sais plus à la fin, celle qui m’impose de revivre le passé de Monsieur avant de le transcrire dans un écrit autobiographique discutable, dont je me demande si le fond envisagé par « son auteur » n’est pas plutôt hagiographique, non je ne me le demande pas, je le sais, et mes tentatives rebelles de ne pas tomber si bas dans le récit de sa mouvementée existence se heurtent sans cesse à ses récriminations, à ses ses retours sans discussion de textes retoqués, à revoir, retravailler, récrire dans un esprit moins cynique, plus enthousiaste, ce sont ses termes, car fâché, Monsieur, tombant de haut, se plaint, me trouvant moins bon styliste qu’espéré, attendant de moi d’être plus souple de la plume, moins distancié dans le récit de sa vie, et il impose ses caprices, m’ordonne de vivre sa rencontre avec Madame, ils se sont trouvés dans une orgie, avant de la coucher sur le papier, mais Madame est aujourd’hui un peu âgée pour jouer son propre rôle, je le lui objurgue, il se rembrunit, je taquine, une actrice ressemblant à Madame jeune rendrait l’illusion parfaite, il ne sourit pas, s’exaspère, je lui relis l’article de notre contrat stipulant que l’usage de mon corps à des fins sexuelles est interdit, il en appelle à des arguments littéraires fallacieux, et quand, noyons ici dans une ellipse salvatrice la rencontre de Madame et Monsieur lors d’une orgie revécue par mes soins, l’expérience et son écriture suffisant bien, je lui rends ma copie en lui renvoyant la narration d’un fiasco sexuel et de performances d’amant en déroute, bien inférieures à ses prouesses érotiques, il entre dans une colère de vieillard dont les années de vie n’ont pas donné accès à la sagesse, je me prête une fois encore à ses lubies les plus enfantines mais sans toutefois abonder dans son sens, j’aimerais tant lui faire prendre un peu de recul, mais l’apprentissage de la frustration et de l’humour n’est sans doute plus de son âge et n’a sans doute jamais été de son tempérament, je reprends plus de vingt fois cette scène, elle ne flatte pas son ego, le livre avance à un rythme d’une lenteur incroyable, et lui s’emporte, ne renonçant jamais à me contraindre à entrer dans le moule prévu à mon usage, c’est son livre, il m’a acheté pour cela, entre autres fariboles, et nous nous amusons comme des fous à ce jeu d’opposition, il a souvent le dernier mot, je lui rappelle l’article qui interdit l’atteinte à ma liberté, c’est lui le guide dans ce travail, mais c’est moi la cheville ouvrière et son vécu vécu par moi devient mien, après tout, le livre n’en serait que plus riche, s’il le voyait ainsi, et si sa vie revécue ne se faisait pas passer pour sa vie, je lui en donne pour son argent, après tout, je ne rechigne pas à la tâche, qu’a-t-il à se plaindre, un valet obéissant le satisferait-il mieux, le contrat ne prévoit pas cela, Monsieur se retire dans un long mutisme, il reviendra à la charge, je le sais.

E.B.

Publié dans 22. Etendue et succession (23 mars 17) | 1 commentaire

Goût de matité

Dans le bureau traîne l’iPad du gosse. L’idée, je vais la trouver là. Allumer, toucher, choisir la recette, suivre les indications. On m’a demandé du fenouil. Le nom du légume m’a séduit, son côté familier, quotidien. C’est bien de s’inscrire dans le temps du foyer. J’ai le temps. Du temps. Je regarde l’heure, j’ouvre deux placards, entrebâille la porte du réfrigérateur. J’ai les ingrédients. Enfin, je les ai si je fait les fenouils à la vapeur, bien sûr. J’ajoute des pommes de terre, des carottes aussi pourquoi pas. Un légume et un autre et tout s’enchaîne dans le faitout. J’entends déjà les glouglous de l’eau qui bout, la vapeur qui s’élève et cherche à s’échapper. Il faudra que je pense à la hotte pour les odeurs. Après tout j’aime bien cette idée de cuisiner pour une fois. Il ne fait pas chaud dehors mais j’ouvre la porte-fenêtre. Le lecteur de CD affiche la moitié du temps du morceau. Une version de l’adagio d’Albinoni, je ne sais plus laquelle. Ça veut dire que tout sera prêt. Des branches de forsythia sont mises à fleurir dans un vase par-terre près de la porte. Je n’avais jamais remarqué ce sens de la décoration, de la mise en scène. C’est un vase en céramique, cuit à 1200 °C, orné d’engobes. Le temps a passé plus longtemps, le CD a été joué plusieurs fois. Je me rappelle soudainement qui a fabriqué ce vase. Un regard au réveil quand je me tourne une énième fois dans mon lit m’apprend qu’il est 3 heures du matin. C’était hier. C’est le printemps.

Publié dans 18. Comme il faisait une chaleur de 33°... | 1 commentaire

Au doigt et à l’oeil

Forcément, ça a été regardé, observé. Après, faut bien s’y coller et faire que ça obéisse. Au doigt et à l’œil. Au doigt, déjà, oui ! Levé, s’interrogeant, immobile, statufié, sur le qui-vive prêt depuis toujours à affûter l’émotion. Alors après c’est à l’œil. Pas s’y mettre le doigt, hein. Bon, ça c’est de l’humour. Mais j’y reviens : combien les yeux sont importants ! L’œil ! L’œil reflète le doigt inspiré et suit la trajectoire verticale descendante, ramène au sol ce qu’il a été chercher. C’est à partir de là, dans le chahut de l’émotion, que toute la main y passe. Et bien entendu c’est l’ensemble de tous les doigts, et pas d’abord l’un puis l’autre, hein, mais tous qui d’un coup et d’un seul plongent comme un seul. On peut dire à ce point que l’œil a la main, au début qui regardait et observait. Mais quand-même… Parce que, après qu’il a suivi le plongeon de celle-là, faudrait-il s’attendre à un charivari, un mélange, une danse endiablée de ses soldats _index, majeur, etc_ ou à la supination globale qui accueillera, recueillera le magma, le tout informe à mettre debout ? Et paf, c’est la main-baleine, la palme-dauphin, la paume-orque parce que non, ça n’est pas rien de récidiver avec le réel, d’en remettre encore sous le regard démiurgique _tant à la fin c’est lui qui aura entendu, appréhendé, compris ce tout qui était en jeu et où il fallait mettre les doigts et se faire obéir d’eux. La main Une à partir de doigts qui veulent être autonomes mais qu’on arrime à la scansion de ce qu’on martèle pour naître à soi, n’être qu’un. Hein ? Oui, bien, on laisse à la facilité le soin de réduire un génie quel qu’il soit au doigt et à l’œil, évidemment.

Publié dans 20. La prose du monde (9 mars 17) | Laisser un commentaire

Un horizon au(x) jardin(s)

Il s’agit pour cette pièce de terre ovale, plantée d’un mûrier-platane et de deux hortensias, d’en arranger le dessin en en retraçant d’abord le contour, en-deçà et au-delà de sa périphérie définie par une ligne de pierres d’inégales grosseurs. Ce découpage dans la pelouse, opéré par le désherbage de deux lés de dix centimètres, fera déjà mieux contraster les formes (l’ovale au sein du rectangle de la pelouse). Ensuite, il faut que la terre de ce massif soit vue noire, c’est à dire qu’on en ôtera toutes feuilles, herbes ou bois morts qui la cachent. Orienté plein sud, le mûrier-platane permet que dans son ombre prospèrent les hortensias. D’autres plantes y seront ajoutées, mais cette fois l’on portera son choix sur des végétaux résistant au plein soleil _car l’on débordera largement la limite de la frondaison de l’arbre, ce qui pour finir amènera à la zone aride et sèche qui jouxte l’allée dite ouest. Alors oui, l’on préférera les lavandes aux fleurs papillon, les gauras blanches et rose, et peut-être le rudbeckia à grosse fleur jaune. L’on s’assurera à la fin que le travail a été bien fait, que le contraste est net et franc, les végétaux ordonnés dans les couleurs choisies. Madame vous en saura gré.

*

Que l’on s’approche un peu de l’allée blanche, celle du couchant où tant de soleils se sont éteints derrière les tilleuls, et l’on remarque immédiatement ce grand arbre noble, un mûrier-platane à l’ombre généreuse et qui pourtant bien sûr, fatalement, s’achève et s’évapore dans un plein sud où l’on voudra que le bleu des lavandes papillon, les tâches rose et ivoire des gauras tempèrent tout ce trop chaud de l’aveuglant midi tout en lui tenant tête, avec à leur proue le soleil jaune du rudbeckia. Ce chatoiement fleurira dans l’écrin de la terre noire d’un massif dont on devinera qu’une main experte l’aura expressément dessiné dans ses frontières de pierres, pour le plus grand plaisir des yeux, à savoir que l’on comprendra facilement l’intention d’un rehaussement des contrastes des formes et des couleurs, et que dans cette harmonie on aura espéré que se répondent la tendresse des hortensias emmitouflés d’ombre et le calme sérieux du vert dense du gazon alentour. Et tout cela chantera, sera serein et clair dans le contentement de Madame, grâce à vous.

Publié dans 19. Tout ce qui s'y était superposé était de mon cru (2 mars 17) | Laisser un commentaire

Tâtonnement autour d’un clair de lune fugace

Au-delà des carreaux je peux apercevoir Frantz. Il vient de Meaulnes. Ou bien un autre que lui, toujours du même roman. Toujours est-il qu’il porte un bandeau taché de sang. Du moins est-ce ce que je retiens de cet épisode, et aussi que cela se passait dans le froid cristal d’une nuit ouverte à la lune. Ronde et blanche, la nuit de cette lune. Ronde et blanche la lune de cette nuit. Frantz marchait vite il me semble. C’est la musique de Debussy qui accompagne le rayon vide et cru de l’astre qui le suit, de gauche à droite comme il marche, sapé parfois par l’ombre d’un nuage et alors réapparaissant soudainement. Le disque tranche par sa clarté, bref éclair aveuglant, lame perpendiculaire où le souvenir sanglant du coucher solaire se mire en faux. En reculant sur la plage, Frantz -ou moi quelques pas en arrière des carreaux- aurait été pris à revers et rien du vide affreux de cette lumière de lune n’aurait eu prise. La Voix Lactée s’aspire elle-même et le cimeterre du rai flottant sur la mer rentre en soi-même dans l’A blanc de l’hara-kiri. Aucun clair-obscur. Que la nuit. Et la lune. Rémission. Fondu-enchaîné noir sur une réminiscence blanche et froide d’un Pierrot d’un cirque à Meaulnes. Frantz et la mer et Debussy et le cristal froid et insensible d’un astre tueur sous les paupières de la nuit seulement tranquille.

Publié dans 21. Clair de lune (16 mars 2017) | Laisser un commentaire

Prélude aux conditions de vente de ma personne à Monsieur

« Je vous avouerai que je ne saurais dire pourquoi j’ai accepté, pour finir, de me vendre à Monsieur. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça ! C’est ainsi, je n’y comprends rien. Mais l‘heure n’étant pas à des développements d’ordre intime, je me garderai d’étaler devant vous mes états d’âme. Il faut après tout savoir prendre ses décisions avec célérité et sans cultiver le doute ou le regret. J’ai fixé un prix à ma vente, vous le savez, toute la fortune de votre client, comme on répond à une provocation par un coup de bluff. Sur cette clause-là du contrat, il n’y aura pas à revenir. C’est donc sur les conditions générales qu’il faudra apporter des avenants, et, sans doute, prévoir de longues discussions. Mon idée première – elle est susceptible d’évoluer, même si je la trouve raisonnable – consisterait à me vendre en viager. Une sorte de double viager. Autrement dit, fixer un bouquet, puis des mensualités qui courront jusqu’à ce que mort s’ensuive. Soyons clair, comme je suis beaucoup plus jeune que Monsieur, il risque de mourir avant moi. Ce qui implique un testament de sa part en ma seule faveur. L’intégralité des biens de Monsieur devra me revenir à son décès, sous forme de rente.

Dans l’hypothèse où je mourrais avant Monsieur, car tous les cas de figure doivent être envisagés, le paiement de la rente se fera au bénéfice de mon épouse, selon des conditions auxquelles il faudra évidemment consacrer quelque alinéa. Si elle devait décéder en même temps que moi, ce qui est toujours envisageable, en cas de mort accidentelle par exemple, la rente se trouverait alors, selon le respect des lois sur l’héritage, reportée vers nos enfants. Il me semble que cet aspect du marché ne devrait faire l’objet d’aucune discussion. La logique et la loi font souvent bon ménage. J’ai pensé à tout et très bien envisagé les conditions générales de la vente en matière de prix et de règlement financier. Cela nous fera gagner un temps précieux.

Concernant les biens immobiliers de Monsieur, il en gardera l’usufruit tout le temps de notre accord. Je ne tiens pas à déménager de mon vivant. Dans le cas d’un décès, qui finira bien par survenir, de Monsieur, ses biens immobiliers me reviendront alors.

Pour ce qui est maintenant de la propriété dont Monsieur va avoir la jouissance, comme il l’a affirmé le jour de la proposition d’achat, de façon un peu péremptoire, mais peu importe, il fait l’acquisition « du corps, de l’âme et de l’esprit, et même de mon accent slave » – bien que n’ayant pas d’origines slaves, Monsieur a entendu cela dans mon accent, et s’il en a parlé, c’est que cela compte pour lui, nous ne nous préoccuperons donc pas plus que cela de la réalité de cette caractéristique attribuée par Monsieur au bien dont il veut faire l’acquisition.

C’est sur ce point précis de la propriété de Monsieur que je proposerai de nombreux avenants au contrat. Il ne peut être question par exemple que Monsieur dispose de ma personne selon son seul bon vouloir, en faisant de moi son esclave ou son domestique – ce que j’ai déjà laissé entendre à Monsieur lors de nos discussions préliminaires, même si le débat n’en était pas au stade où il va s’engager désormais. S’il compte, ce qui n’a rien d’anormal ou d’immoral en soi, utiliser certaines de mes nombreuses compétences à son profit, et sa propriété doit pouvoir en toute bonne raison le lui laisser espérer, il sera dans son droit, mais à la condition sine qua non de respecter une convention qui aura été au préalable discutée et rédigée par les deux parties. Il s’agit là pour moi de grands principes humanistes et philosophiques qui touchent aux valeurs de liberté, de Droits inaliénables de l’Homme et de respect de la vie privée. Monsieur ne fera pas l’économie de ces considérations que nous devrons coucher sur le papier légal afin de donner un cadre rigoureux à sa prise de propriété.

Concernant la partie physique de cette propriété dont Monsieur souhaite faire l’acquisition, soit mon corps, il en sera en effet propriétaire dès la vente réalisée, mais il ne pourra en aucun cas, prévention sans doute superflue étant donné le grand âge de Monsieur, mais rien ne doit être laissé au hasard dans ce type d’anticipation, l’utiliser à des fins sexuelles ou pour satisfaire certaines présupposées pulsions sadiques, ni même en faire mention dans l’expression de certains souhaits quant à l’usage qu’il pourrait souhaiter avoir de cette partie physique de sa nouvelle propriété. Deux précautions valent mieux qu’une. L’intégrité physique de la propriété de Monsieur ne devra en aucun cas être mise à mal. Dit ainsi, cela peut sembler aller de soi et ne pas mériter qu’on s’attarde sur le sujet. Mais j’ai la conviction que cette partie du contrat nous demandera des efforts certains et nous coûtera un temps considérable dans la rédaction des articles de cette partie. Cela signifie également, car le contrat devra tout prévoir pour ne pas être pris à défaut, que je ne pourrai me soustraire physiquement à une utilisation quotidienne par Monsieur de sa propriété. Par conséquent, le cadre des visites de Monsieur et de nos rencontres, où que ce soit, devra être prévu avec rigueur, dans les limites raisonnables fixées par une convention de libre utilisation de ma personne par Monsieur que nous rédigerons ensemble et signerons une fois ce cadre strictement défini et accepté par les deux parties. D’un point de vue légal, le temps hebdomadaire de jouissance physique de sa propriété par Monsieur ne devra pas, il me semble, excéder l’horaire de travail de n’importe quel employé, soit quarante heures, et le droit au repos hebdomadaire de la propriété de Monsieur sera établi en fonction de la norme actuelle en matière de travail. Autrement dit, les week-ends de deux jours me seront accordés et le seul droit de Monsieur à jouir de ma personne le samedi et dimanche se limitera strictement à une ou deux heures maximum de rencontre, horaire restant à négocier entre les deux parties afin de trouver un accord indiscutable. Cette propriété corporelle m’imposera de me tenir à disposition de Monsieur en vivant obligatoirement dans un espace géographique qui soit également le sien, ville ou département, cela reste à définir entre les deux parties, à une distance maximale que nous fixerons d’un commun accord.

Enfin, en cas de décès de ma personne avant Monsieur, il va de soi que mon enveloppe corporelle restera la propriété de Monsieur. Il pourra donc en disposer librement et je n’aurai en aucun cas le droit d’exprimer quelque dernière volonté que ce soit. Cela signifie que je céderai à la vente tous mes droits sur ma personne physique au décès à Monsieur. Il disposera donc de mon cadavre comme bon lui semblera, dans les limites communes de la morale en matière d’utilisation d’un corps mort, ce qui devra être stipulé dans le contrat de vente, afin, n’en déplaise à Monsieur si ce soupçon lui fait offense, d’éviter toute dérive de type thanatophile ou tout autre écart par rapport à la conduite à tenir en matière de propriété d’un corps sans vie. Cela signifie également, car le contrat devra tout prévoir pour ne pas être pris à défaut, que je ne pourrai me soustraire physiquement à une utilisation quotidienne par Monsieur de sa propriété. Par conséquent, le cadre des visites de Monsieur et de nos rencontres, où que ce soit, devra être prévu avec précision, dans les limites raisonnables fixées par une convention de libre utilisation de ma personne par Monsieur, sans préjudice quant à mon intégrité physique et morale, que nous rédigerons ensemble et signerons une fois ce cadre strictement défini et accepté de bonne foi par les deux parties. D’un point de vue légal, le temps hebdomadaire de jouissance physique de sa propriété par Monsieur ne devra pas, il me semble, excéder l’horaire de travail de n’importe quel employé, soit quarante heures, et le droit au repos hebdomadaire de la propriété de Monsieur sera établi en fonction de la norme actuelle en matière de droit du travail. Autrement dit, les week-ends de deux jours me seront accordés de fait et le seul droit de Monsieur à jouir de ma personne le samedi et dimanche se limitera rigoureusement à une ou deux heures maximum de rencontre, horaire restant à négocier entre les deux parties afin de trouver un accord indiscutable. Comme vous ne manquerez pas de le comprendre au cours de nos réunions de travail, la concession fait partie de mon approche, dans le but d’anticiper toute évolution envisageable du contrat et afin d’éviter les préjudices inhérents à un engagement mutuel par trop ambigu. Cette propriété corporelle m’imposera enfin de me tenir à disposition de Monsieur en vivant obligatoirement dans un espace géographique qui soit également le sien, ville ou département, cela reste à définir entre les deux parties, à une distance maximale que nous fixerons d’un commun accord.

Concernant la partie spirituelle de la propriété de Monsieur, il en disposera évidemment dès lors qu’il se gardera de l’intention de la dévoyer ou de lui faire quelque tort que ce soit, précaution sans doute superflue, mais qui devra absolument figurer noir sur blanc dans l’un des articles du contrat fixant le cadre de cette jouissance spirituelle. La légèreté et la subtilité de mon esprit, qui n’ont pu que séduire l’acheteur, ne pourront en aucun cas être mises à mal par l’épaisseur de l’esprit de Monsieur, que je n’ai pas manqué de relever à l’occasion de nos dernières rencontres, pas plus que par les traits de caractère négatifs de Monsieur, dont l’autoritarisme et une certaine forme de violence verbale, relative mais réelle, me semblent être la dominante. Il ne faut voir dans mon propos aucune forme de malveillance à l’égard de Monsieur, ni le moindre jugement de valeur, mais le résultat d’une analyse de caractère et l’expression d’une intuition dont je puis dire qu’en matière de relations humaines et de psychologie elle n’a sans doute et sans prétention aucune jamais été mise en défaut.

Il ressort de cette réflexion sur les conditions d’un contrat entre Monsieur et moi, qu’il faudra rédiger ensuite en termes juridiques et sous formes d’articles fixant le cadre strict de la vente, à la propriété de ma personne par Monsieur et à la jouissance, tant physique que spirituelle, de sa propriété, que ce contrat devra prévoir avec le plus de précision possible les situations concrètes que la transaction ne manquera pas de provoquer afin d’en éviter, autant que faire se peut, les conséquences néfastes ou nuisibles pour l’une ou l’autre des deux parties. Qu’en pensez-vous, cher ami ? »
En la circonstance, mon cher ami semblait démuni et il avoua en toute bonne foi que j’avais déjà prévu les grandes lignes de l’écrit juridique auquel nous allions devoir nous atteler et qu’il se réservait toutefois la possibilité de rendre compte à Monsieur de notre fructueux entretien de ce jour avant que de donner une réponse plus précise à ma question. Il ajouta pourtant que, pour sa part, il avait été impressionné par la rigueur de ma démonstration. Le travail s’engageait au mieux.

J’ai accepté, pour finir, de me vendre à Monsieur. Je ne sais pas pourquoi. J’ai fixé un prix, toute sa fortune, comme on répond à une provocation par un coup de bluff. Sur cette clause-là du contrat, il n’y aura pas à revenir. C’est donc sur les conditions générales qu’il faudra apporter des avenants. Mon idée première consiste à me vendre en viager. Une sorte de double viager. Autrement dit, fixer un bouquet, puis des mensualités. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Comme je suis beaucoup plus jeune que Monsieur, il risque fort de mourir avant moi. Ce qui implique un testament en ma seule faveur. L’intégralité des biens de Monsieur devra me revenir à son décès, sous forme de rente, toujours. Dans l’hypothèse où je mourrais avant Monsieur, le paiement de la rente se fera au bénéfice de mon épouse, selon des conditions auxquelles il faudra évidemment consacrer quelque alinéa. Si elle devait décéder en même temps que moi, ce qui est toujours envisageable, en cas de mort accidentelle par exemple, la rente serait alors reportée vers nos enfants. Il me semble que j’ai pensé à tout et très bien envisagé les conditions générales de la vente en matière de prix et de règlement financier.

Concernant les biens immobiliers de Monsieur, il en gardera l’usufruit tout le temps de notre accord. Je ne tiens pas à déménager de mon vivant. Dans le cas d’un décès, qui finira bien par survenir, de Monsieur, ses biens immobiliers me reviendront alors.

Maintenant, pour ce qui est de la propriété dont Monsieur va avoir la jouissance, comme il l’a affirmé le jour de proposition d’achat, de façon un peu péremptoire, mais peu importe, il fait l’acquisition « du corps, de l’âme et de l’esprit, et même de mon accent slave » – bien que n’ayant pas d’origines slaves, Monsieur a entendu cela dans mon accent, et s’il en a parlé, c’est que cela compte pour lui, nous ne nous préoccuperons donc pas plus que cela de la réalité de cette caractéristique attribuée par Monsieur au bien dont il veut faire l’acquisition.

C’est sur ce point précis de la propriété de Monsieur que je proposerai de nombreux avenants au contrat. Il ne peut être question que Monsieur dispose de ma personne selon son seul bon vouloir, en faisant par exemple de moi son esclave ou son domestique – je l’ai déjà laissé entendre à Monsieur lors de nos discussions préliminaires. S’il compte, et ça n’a rien d’anormal ou d’immoral en soi, utiliser certaines de mes nombreuses compétences à son profit, sa propriété doit pouvoir le lui laisser espérer, il sera dans son droit, mais à la condition sine qua non de respecter une convention qui aura été au préalable discutée et rédigée par les deux parties.

Concernant la partie physique de la propriété dont Monsieur souhaite faire l’acquisition, soit mon corps, il en sera propriétaire dès la vente réalisée, mais il ne pourra en aucun cas, prévention sans doute superflue étant donné le grand âge de Monsieur, mais rien ne doit être laissé au hasard dans ce type d’anticipation, l’utiliser à des fins sexuelles ou pour satisfaire certaines pulsions sadiques, ni même en faire mention dans l’expression de certains souhaits quant à l’usage qu’il pourrait souhaiter avoir de cette partie physique de sa nouvelle propriété. Deux précautions valent mieux qu’une. L’intégrité physique de la propriété de Monsieur ne devra en aucun cas être mise à mal.

Cela signifie également, car le contrat devra tout prévoir pour ne pas être pris à défaut, que je ne pourrai me soustraire physiquement à une utilisation quotidienne par Monsieur de sa propriété. Par conséquent, le cadre des visites de Monsieur et de nos rencontres, où que ce soit, devra être prévu avec rigueur, dans les limites raisonnables fixées par une convention de libre utilisation de ma personne par Monsieur que nous rédigerons ensemble et signerons une fois ce cadre strictement défini et accepté par les deux parties. D’un point de vue légal, le temps hebdomadaire de jouissance physique de sa propriété par Monsieur ne devra pas, il me semble, excéder l’horaire de travail de n’importe quel employé, soit quarante heures, et le droit au repos hebdomadaire de la propriété de Monsieur sera établi en fonction de la norme actuelle en matière de travail. Autrement dit, les week-ends de deux jours me seront accordés et le seul droit de Monsieur à jouir de ma personne le samedi et dimanche se limitera strictement à une ou deux heures maximum de rencontre, horaire restant à négocier entre les deux parties afin de trouver un accord indiscutable. Cette propriété corporelle m’imposera de me tenir à disposition de Monsieur en vivant obligatoirement dans un espace géographique qui soit également le sien, ville ou département, cela reste à définir entre les deux parties, à une distance maximale que nous fixerons d’un commun accord.

Enfin, en cas de décès de ma personne avant Monsieur, il va de soi que mon enveloppe corporelle restera la propriété de Monsieur. Il pourra donc en disposer librement et je n’aurai en aucun cas le droit d’exprimer quelque dernière volonté que ce soit. Cela signifie que je céderai à la vente tous mes droits sur ma personne physique au décès à Monsieur. Il disposera donc de mon cadavre comme bon lui semblera, dans les limites communes de la morale en matière d’utilisation d’un corps mort, ce qui devra être stipulé dans le contrat de vente, afin, n’en déplaise à Monsieur si ce soupçon lui fait offense, d’éviter toute dérive de type thanatophile ou tout autre écart par rapport à la conduite à tenir en matière de propriété d’un corps mort.

Concernant la partie spirituelle de la propriété de Monsieur, il en disposera évidemment dès lors qu’il se gardera de l’intention de la dévoyer ou de lui faire quelque tort que ce soit, précaution sans doute superflue, mais qui devra absolument figurer noir sur blanc dans l’un des articles du contrat fixant le cadre de cette jouissance spirituelle. La légèreté et la subtilité de mon esprit, qui n’ont pu que séduire l’acheteur, ne pourront en aucun cas être mises à mal par l’épaisseur de l’esprit de Monsieur, que je n’ai pas manqué de relever à l’occasion de nos dernières rencontres, pas plus que par les traits de caractère négatifs de Monsieur, dont l’autoritarisme et une certaine forme de violence verbale, relative mais réelle, me semblent être la dominante.

Il ressort de cette réflexion sur les conditions d’un contrat entre Monsieur et moi, qu’il faudra rédiger ensuite en termes juridiques et sous formes d’articles fixant un cadre strict à la vente, à la propriété de ma personne par Monsieur et à la jouissance, tant physique que spirituelle, de sa propriété, que ce contrat devra prévoir avec le plus de précision possible les situations concrètes que la transaction ne manquera pas de provoquer afin d’en éviter, autant que faire se peut, les conséquences néfastes ou nuisibles pour l’une ou l’autre des deux parties.

E.B.

Publié dans 17. Esquisser, batifoler, crayonner. (9 fev. 17) | 3 commentaires

Epiphanie 2017

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A l’arrivée du col de la Bacanière, le leader avait été chronométré avec une avance de 4min57 sur le peloton. Déjà, on pouvait sur son visage voir apparaître la grande satisfaction que seule peut amener une victoire d’étape dans une course aussi difficile. Plus que la descente, l’avance  qu’il avait sur les autres concurrents lui permettait d’assurer un maximum, il négociait alors les virages avec les jambes bien écartées, en les prenants le plus large possible, il savait que la pluie plus que présente  pouvait le faire chavirer à toute instant.
Encore 3 km et le triomphe ! Sur l’asphalte détrempé, dans cette descente, son corps brûlait, des bribes de pensées étaient venues se mêler à l’adrénaline; en cette fin d’étape il repensa à sa mère, décédée deux ans plus tôt. A son frère, qui, très rapidement avait quitté le cocon familiale et qui vivait à présent au Chili d’où il ne donnait plus de nouvelles. Puis, il pensa à ce père qu’il n’avait jamais connu, emporté par la maladie peu avant sa naissance… Après une série de virages en lacets, le village d’arrivée déjà apparaissait, la victoire se dessinait cette fois totalement… C’est alors au pied de ce village que le coureur ressenti une secousse, son pneu arrière venait d’éclater; il dut s’arrêter. Déjà l’équipe technique était sur place et un mécanicien à genoux commençait à réparer… les secondes passaient et le mécanicien sous la pluie n’y arrivait pas, il se perdait de plus en plus dans des approximations. Le peloton arrivait droit sur lui, son avance était en train de fondre. le mécanicien, de plus en plus paniqué, vociférait des injures… Alors, finalement, voyant qu’il n’avait plus le choix, le coureur se décida à repartir avec le pneu arrière en lambeau et la jante à moitié pliée… il ne restait plus que 700 mètres avant l’arrivée; une foule amassée autours de la ligne d’arrivée l’encourageait. Dernière ligne droite : le leader en danseuse faisait avancer son vélo le mieux qu’il le pouvait, le soleil qui s’était invité entre les nuages faisait refléter des rayons sur la jante arrière du coureur qui d’un instant à un autre pouvait se briser définitivement.

Marius Mbwa était au porte de la gloire, il voyait enfin la ligne d’arrivée.

Ce jour pourtant  et comme pour les autres fois, le peloton avait franchi la ligne d’arrivée avant Marius. Il s’était alors écroulé en pleurant dans les bras de sa femme qui tenait dans ses bras son fils de façon désinvolte. Cette course fut pour Marius Mbwa la dernière, la der des ders, course dont il n’avait jamais franchi la ligne d’arrivée.

Bruno.

 

 

 

Publié dans 12. Des arbres désirés comme vus en rêve (5 janvier 2017) | 1 commentaire

La Recherche : une impression d’Afrique

La faute à ce continent verbal : enfer phraséologique ; forêt de tropes ; brousse tropicale où vivent de cruelles peuplades  emperruquées et fardées comme des duchesses  (quoique nues) palabrant sans repos sur un petit mur jaune où l’émiettement enchanteur d’une viennoiserie dans une calebasse d’eau tiède.
Rien ne manque à cette jungle romanesque ; ni la luxuriance des métaphores, ni les catleyas rubescents bourgeonnant sur la canopée, ni la petite sonate d’un oiseau de paradis, ni la chambre en fougères de Madame de Saint Loup, ni la prisonnière, ni le cadavre du roi nègre Yaour IX, classiquement costumé en Marguerite de Faust.
Terra incognita bien que maintes fois explorée par un Club d’incomparables, avec à sa tête (jusqu’à sa mort énigmatique à Palerme), le même éclaireur montrant à tous le chemin, la lumière, le but de l’œuvre, les mises en abîme du narrateur, ses savantes acrobaties dans l’agencement des phrases, son appétit d’oiseau, sa chétive personne, son asthme, sa maman, sa chandelle à peine éteinte…
On rapporte que parvenu au cœur de la forêt un concert de cloches et de sonnailles s’élèvent de la « place des Trophées » en autant de noms de pays et de personnes : « Combray ! Balbec ! Lamballe !  Questambert ! Swann ! Vinteuil ! Guermantes ! Verdurin ! Elstir ! Cottard ! Bergotte ! Odette ! Albertine ! Gilberte !…..la tête vous tourne, la fièvre s’empare de vous : ni les ressources de la science, ni les multiples attentions d’un entourage passionnément dévoué ne pourront triompher de ce mal terrible : lire Proust et pressentir aussitôt un sens caché, un double fond, un entre-deux mondes, un Autre, une Doublure et par-dessus tout : l’inexplicable persistance de ténébreuses Impressions d’Afrique.

J.P.

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