Un petit mystère

Proposition du 22 avril

C’est un coin d’ombre au fond du jardin, un évier en pierre et dessus, une jarre coupée en deux laissée là pour un ensemencement futur.

Dans la terre sombre et humide de décomposition végétale, presque scellée dans le grain du pot, une masse arrondie vert émeraude de la taille d’une petite prune  brillante, d’où s’élèvent de fins filaments translucides légèrement agités par le vent. La forme est délicate, les tentacules fragiles striées de noir avec en leur l’extrémité de petites bulles transparentes creusées en leur milieu. Je ressent une vigueur extrême devant cet organisme mi animal mi végétal et je l’observe connectée par son innocente présence.

C’est un petit mystère caché dans le creux d’une vieille jarre. La terre est vivante et elle me survivra, dans quelles formes inouïes, dans quels équilibres retrouvés? le jour succèdera-t-il au jour dans la nuit envolée? Et dans le temps qui vient bouleversé, incertain y aura-t-il encore la grâce pour  alléger le pas de celui qui arrive?

AMC

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Piqûre…

(des faits secs)

Je virevolte au-dessus de mes proies.Je me plais à passer au plus près de leurs oreilles. Leurs bras sont de jolies pistes d’atterrissage. Leurs tentatives pour m’écraser sont vaines. Leurs gestes sont si prévisibles. Je m’envole toujours avant. Je fais quelques loopings devant les ampoules allumées. Mes ailes frétillent à leur contact. Et non, malgré l’odeur de brûlé, je ne suis pas mort! du moins, pas encore…

Quoiqu’il arrive, je sais que ma vie est éphémère. Autant profiter des quelques plaisirs qu’elle m’offre.

… estivale

(des faits avec des ornements)

Comme tous les soirs, mes proies sont alignées devant le canapé. Elles ingurgitent les images qui défilent sur l’écran. D’un côté, elles me craignent. D’un autre, elles font tout pour m’appâter. Elles multiplient les sources de chaleur. Elles prennent soin de laisser la fenêtre béante. Je ne fais que répondre à leur invitation. Posté sur le mur blanc, j’observe Marie. Elle remonte ses cheveux sur sa nuque dans une sorte de chignon. Elle secoue négligemment son haut léger. Elle dévoile ses mains, ses bras, ses jambes nus. Elle ramène ses pieds sous ses fesses. Elle râle contre le canapé en skaï tout collant, contre la chaleur, contre moi et mes congénères. Je prend mon élan et virevolte au-dessus d’elle pour lui notifier ma présence. Je passe dans un courant d’air strident au plus près de son oreille. Elle essaie désormais de me chasser dans des gestes désarticulés. Je fais quelques passages devant les ampoules avant de prendre un peu de repos contre le mur. Les semelles en taille 41 passent à deux doigts de ma tête. Les mains en taille XXL s’essayent également. Encore un point pour moi. Elles croient qu’un simple coup de chiffon va me faire tourner de l’oeil. C’est mal me connaître. Je ne quitte pas Marie des yeux lors de mon envolée. Au moment où je décide de rectifier mon regard, je rentre en collision avec un de leurs serpentins miellés. Mes pattes, mon abdomen, mes ailes, ma mandibule…Tout est englué et ne fait qu’un  avec le serpentin. Ainsi s’achève mon bref passage sur Terre.

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Le Grand Chêne (proposition du 30 mars)

Je tends l’oreille. Je n’entends plus les voix des enfants regroupés autour de moi. D’ailleurs, cela fait quelques jours que les rues du village sont étrangement silencieuses…

Joseph rase les murs, une étoile jaune cousue sur la poche gauche de sa veste. Cécile, Simone et Agnès se mêlent au jeux des garçons. Francis traîne derrière lui sa malle et envahit les lieux pour quelques jours. Jean brandit la photo de classe sépia comme un trophée. Gabin pose ses pieds sur mes branches pour récupérer son ballon coincé toujours plus haut. Les billes de Lilian rebondissent contre mes racines emprises dans le goudron. C’était plus agréable quand il y avait du sable. Marine éclate les cartouches d’encre vide contre le sol dans des éclats de rire. Farid continue à jouer au ballon avec ses copains et Naoual à l’élastique. Fatima pense à enlever son voile avant de passer le portail. Les cartables à roulettes ont remplacé les sacoches de cuir.

Tout au long de ces années, les termites ont pénétré sous mon écorce jusqu’à avoir raison de moi. Le verdict est tombé. Ils vont m’abattre. Je vais m’en aller en gardant jalousement ces souvenirs pour moi.

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LES ANDALOUSES

Il fallait marcher deux kilomètres dans le sable sur le coup de onze heure le dimanche en été, le long d’une plage qui ne bordait rien sinon la mer étale polissant le rivage. Ce n’était pas un littoral adossé aux terrasses ombragées des villas, c’était un horizon à l’estompe sableuse et grise, chaque moirure du sable renvoyait à son reflet percé de maigres arbustes épineux en fleurs.

Nous étions chargés de sacs à dos et de cantines, de toiles de tente rangées dans des sacs marins kakis, les enfants allaient et venaient impatients de rejoindre le petit cabanon  qui marquait la fin du voyage. Ils l’étiraient  les pieds  dans l’eau sans courir toutefois car ce parcours renouvelait chaque semaine une équipée au parfum d’aventure. Le sable brûlant entrait dans les sandales et les faisait hâter le pas vers la rive mouillée rafraichie par le ressac. Les conversations s’établissaient comme un murmure, interrompues par le souffle de la marche et l’ardeur du soleil qui brouillait un peu la vue. La silhouette du cabanon apparaissait au loin avec sa petite pergola fermée par un treillis de bois bleu fané entre les lauriers roses. Ces frêles arbustes poussés là  s’épuisaient à sonder l’humidité dans la profondeur du sable tels les modestes témoins d’une vie résiliente.

Il fallait organiser le campement, anticiper les promesses de repas dans les glacières, dresser les tables sur des tréteaux pour le repas du milieu de journée.                                       A l’écart de cette agitation, nous les enfants nous tenions assis devant le paysage immense de la mer. A quelque distance de la côte la silhouette sombre d’un cargo échoué dans la baie nous observait en silence. Nos muscles anticipaient déjà la longue traversée à la nage pour accrocher ruisselants l’échelle en partie descellée et mouvante qui offrait à nos bras un secours espéré pour un rétablissement périlleux dans les remous du courant. Allongés sur le métal brûlant, bercés par le souffle grave montant des entrailles rouillées du bateau, nous étions un éclat d’univers parmi le fracas de la mer qui engloutissait cabines et coursives. Conscients de la distance qui nous séparait du rivage, le sel et le soleil nous tiraillant la peau , nous respirions de tous nos sens la présence d’un monde plus grand que nous, les yeux perdus dans le ciel sans bords au-dessus de nos têtes.

AMC

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Samedi et les autres jours

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Samedi on a fait une bonne marche sur les hauteurs de la ville, puis on est descendu par le Jardin, on a admiré les cygnes, les canards et même les pigeons mâles qui gonflent leur gorge et font l’éventail pour courtiser les femelles. Pour marcher encore, on a fait le tour des boulevards jusqu’au bar de la place à la statue. C’était l’heure de notre verre de vin blanc, accompagné de cacahuètes ou de frites si le patron est bien disposé. Il l’était, on a eu des frites.

Voilà, ça c’était samedi. Dimanche tout avait changé mais c’était encore confus. Lundi c’était pire parce que le lundi n’est pas le dimanche justement, et qu’il aurait dû ouvrir les bars, les commerces, laisser passer les travailleurs, les élèves, les voitures, les bus, les vélos, enfin tout de sa vie citadine de jour ouvré. Mais non, le premier jour de la semaine ne tenait pas ses promesses.

Lundi donc, on fait le ménage, on remplit son frigo, on s’agite en attendant. Les infos pleuvent mais on ne sait pas, les rumeurs circulent mais on ne sait toujours pas. Mardi matin quelques naïfs obéissants, (ou vraiment sourds), pianotent encore sur les touches des horodateurs, comme si les cow-boys du stationnement payant allaient venir vérifier! D’autres courent au ravitaillement sans un regard pour les rideaux baissés et les terrasses vides, d’autres encore quittent la ville.

A midi, stop, rentrez chez vous et restez-y.

Sous mes fenêtres c’est presque le silence; au square quelques chiens accompagnés, mais pas de témoins de Jéhovah, voitures immobiles sur le parking, fenêtres ouvertes, musique des voisins, de temps en temps une voix qui résonne dans la rue. Les pigeons roucoulent amoureusement.

Aujourd’hui c’est jeudi, un jeudi parmi d’autres. on ne sort toujours pas, ou si peu. Ce matin j’ai fait un tour plus grand que nécessaire pour passer sur le pont aux canards; ils sont là, tranquilles et indifférents, j’étais contente de les voir. Mais à la nuit tombée, je n’irai pas, au même endroit, voir les chauve-souris danser au dessus de l’eau quand les canards dorment sous leur aile.

Demain…

 

 

 

 

 

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Proposition 2

CORUM dernière saison.

Ils sont plusieurs et ne sont qu’un dans la pénombre sableuse du plateau.

Les projecteurs font scintiller l’écrin de leurs pas et le mouvement des courbes qui ploient et s’abandonnent trace une forme organique qui diffuse dans les cintres.

Ensemble, corps multiples presqu’effacés dans le gris noir du décor, respire au ras du sol. Dans le creux de l’oreille, à l’arrière de l’épaule, sur la ligne verticale de l’aplomb des sons enregistrés ont dans l’écho des voix une présence charnelle.

On applaudit en silence.

AMC.

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Proposition1

1992, 1993, 1994,1995, 1996,1997,1998,1999,2000,2001: 10 ans
Ca passe vite, tu te retournes , c’est déjà loin. Un siècle, le 20ème s’est achevé. Tu te souviens de cette excitation mêlée de craintes,cette agitation collective, ces feux d’artifice plus grands qu’à l’ordinaire. Un siècle nouveau a suivi. Nous basculait-il vers l’inconnu? la vie avait-elle changé d’allure? Un souffle, une respiration et demain était déjà là, familier.

1992 c’est le début de l’histoire, les allées venues d’un continent à l’autre, la rencontre avec le peuple de la forêt au sortir de la guerre, celle de là bas ignorée ici mais vrillée dans le corps de ces communautés paysannes calmes et laborieuses. Tu t’essaies à cette langue qui n’est pas la tienne, tu les écoutes; la leur colonisée semble avoir appris la patience de ceux qui ont peu mais en attendent beaucoup de leur dignité d’homme.
Alors tu t’embarques dans l’aventure avec eux, tu sillonnes à ton tour les chemins escarpés qu’il faut « marcher » pour connaître les racines ancestrales de ces femmes et ces hommes qui ont oublié la langue ancienne porteuse de la musique du passé, des contes et des croyances, elle a été effacée.
Alors restent les rivières en crue, le ciel violet avant l’orage, les chemins boueux pour rejoindre les villages et devant toi cette toute jeune fille qui marche abritée de la pluie une feuille de bananier au dessus de la tête. Ce chemin est une partie d’elle même et toi tu la suis essoufflée, maladroite, glissant et trébuchant, étonnée d’être là.

10 ans ce sont des chantiers, des œuvres collectives, beaucoup de paroles qui devenaient réelles dont le flot embarquait les volontés , mobilisait les désirs, désirs de vie, poussées d’intelligence, se colletant avec le poids des énormes rochers, transportés, roulés, assemblés pour ouvrir une route ce matin-là, tous les villages alentour venant prêter main forte, c’est le long chemin des promoteurs de santé jusqu’à la ville pour apprendre les techniques qui soignent, les gestes qui apaisent, une maturité progressivement acquise avec la conscience du travail accompli et plus tard dans ces communautés restaurées des enfants qui sortent de l’école et peuvent imaginer qu’ils ont un avenir.

C’est une photo dans ton bureau, de jeunes enfants encore devant la grande maison sous le manguier, le ventre ballonné des plus jeunes, des fillettes le geste protecteur sur l’épaule des plus petits, certains marchant à peine. Ils sont là dans la pièce et elles, ces petites filles au visage si sérieux, si plein d’attente, ce matin elles ont quarante ans.

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La chute

Dans un instant de béatitude et comme un oiseau, il ouvrit ses bras déployant ses ailes, sans regarder le vide immense sous ses pieds, élança son corps dans les airs.
Au début il cru voler. Mais ses bras ne faisaient que battre l’air. Son corps d’humain sans plume pris
une toute autre trajectoire qu’il s’était fixé. La pesanteur aidant, on le vit de derrières nos fenêtres d’immeubles, passer plus vite qu’une feuille morte, mais aussi vite qu’un micro onde. Sans bruit , juste un courant d’air. Des cris ,des sirènes , des gyrophares bleu , rouges, un brouhaha et puis plus rien.
Après cet accident le lendemain , tout le monde parlait, les voisins , les inconnus. Certains étaient des quartiers voisins et même des cités voisines. Ils voulaient savoir:où, quand, comment et qui était cet illuminé du ciel ? Où etait-il maintenant?Les journaux n’étaient pas assez précis sur la fin de l’histoire. Car se qu’ils voulaient savoir, comment l’illuminé en question avait échappé à une mort qui aurait du être certaine

Maryse

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La guerre

De façon hésitante, puis enfin irrémédiablement ; une bataille de neige dans la cour de récréation éclatât. Dans les prémices de cette bataille ; où de notre position nous pouvions voir le camp adverse s’agiter et assister parfois au contact d’une boule de neige contre le grand tilleul de la cour se trouvant à nos côté ; j’avais coordonné la confection de plusieurs boules de neige pour assurer une réserve grâce à laquelle une victoire possible était envisageable.Je m’étais ensuite entendu avec quatre de mes camarades, et leur avaient assignés une mission qui était celle-ci ; contourner l’ennemi par les flancs. Pour assurer la réussite de cette manœuvre en tenant le camp adverse aveugle quand à nos agissements ,j’avais de notre position ordonné ,sans l’épuisement complète de notre réserve, de presser celui-ci pour l’obliger à la contrainte de devoir rester à couvert.
Enfin, lorsque nos troupes arrivèrent sur les flancs de l’ennemi ;Au plus haut de ma voix j’avais crié tandis que du ciel blanc perlait de nouveaux flocons ; chargez !!

Bruno.

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Paris, les mots d’un nom

Paris, les mots d’un nom

Prendre un nom parmi les noms, un fleuve, une ville, une montagne, un pays, un océan, un mot majuscule qui pourrait parler à l’oreille de ceux qui ont des rêves.

Prendre Paris qui coule dans les romans comme la Seine entre ses boulevards
Prendre Paris l’amoureuse, l’embastillée, la Commune barricadée où chante Victor Hugo
Paris de pierre, prometteuse et hostile sous ses fenêtres bourgeoises
Se perdre à Paris dans la foule des pas mouillés de trottoirs
Rêver de cette ville où on n’a jamais vécu, Luxembourg au Sénat, Rivoli au Louvre, canal Saint Martin, petit jardin où fleurissait jadis le Bassin Parisien
Monter à Stalingrad et plonger sous le ciel de faïence en attendant Paris au bout du tunnel de néon
La pluie de parapluies glace et brille en haut des escaliers
Le ciel de zinc est jaune
à Paris.

Y S

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